A cette nouvelle, Tressan indigné écrivait à M. de Solignac:

«Je suis bien fâché, mon cher confrère, que le Père de Menoux ait poussé la folie et la fureur jusqu'à la calomnie la plus claire et la plus odieuse. Il vient enfin de se démasquer aux yeux du Roi et de la Lorraine. Et que lui avons-nous fait, M. de Lucé et moi, pour l'engager à faire de pareilles horreurs?... Mon premier mouvement était de porter en droiture mes plaintes à Rome au Révérend Père général...»

La Reine, très émue, écrivit à son père pour lui signaler la conduite du comte et lui dire que si les reproches étaient fondés, elle ne voulait plus ni le voir ni entendre parler de lui: «Mon ami, ma fille est indignée contre vous, dit le roi à Tressan; il faut vous justifier ou vous retracter.»—«Je ne demande pas à Votre Majesté d'où part la calomnie, riposta le gouverneur, je saurai la confondre; mais s'il faut me rétracter, il ne m'en coûtera pas d'imiter Fénelon,» et il ajouta: «Je supplie Votre Majesté de se ressouvenir qu'il y avait trois mille moines à la procession de la Ligue et pas un philosophe.»

Il envoya aussitôt une copie de son discours à la Sorbonne et une autre à l'évêque de Toul, en sollicitant leur jugement.

L'évêque répondit en envoyant l'approbation la plus authentique, et la Sorbonne en fit autant.

La Reine, satisfaite, s'apaisa, mais elle recommanda à son père de veiller à l'avenir plus attentivement sur ses amis les gens de lettres.

Pendant que ces querelles prenaient fin, Mme de Boufflers se trouvait à Paris avec Panpan; tous deux s'étaient employés activement en faveur de leur ami. Dès que Tressan est rassuré sur son sort, il se hâte de les en aviser:

«A Bitche, ce 20 janvier 1761.

«Enfin, mon cher et aimable Pan, toutes mes maudites tracasseries sont finies et M. de la Vauguyon m'a écrit la lettre la plus tendre, et le père Bieganski[ [84] m'a écrit aussi une lettre très obligeante de la part de la Reine.

«Quelle horreur! Quelle complication de faussetés et de méchancetés! N'en parlons plus, tout est dit pour moi. Pour la Société de Nancy, je n'y remettrai les pieds de ma vie.