Aussitôt mesdames de Boufflers, de Boisgelin, de Bassompierre, de Girardin, de Cambis, etc., s'empressèrent auprès des officiers et l'on installa plusieurs parties de jeu. Le roi s'approchait successivement de toutes les tables, demandant aux officiers si la fortune les traitait bien. Lorsque la réponse n'était pas favorable: «Tant pis, s'écriait-il, mais prenez-y garde; nos dames de Lunéville sont un peu friponnes.» Puis s'adressant aux dames, il leur disait: «Je vous en prie, mesdames, ne jouez pas tout votre jeu. Je sais par expérience que lorsqu'on revient de l'armée, on n'a pas d'argent de reste.»
Il engagea plusieurs officiers qui ne jouaient pas à aller voir ses appartements. A leur retour il leur demanda s'ils avaient vu dans sa chambre à coucher, au-dessus de son lit, le portrait de sa maîtresse: «Sire, nous y avons vu celui de Charles XII,» répondirent les officiers.
«Eh! c'est cela même, répliqua-t-il; il y a peu de maîtresses qui aient agi aussi bien avec leurs amants; c'est par ses faveurs que j'ai été placé deux fois sur le trône, et c'est sans doute ma faute si j'en suis tombé.»
Toute l'assistance passa ensuite dans la salle à manger, où un souper magnifique fut servi. Le roi s'assit un instant, prit un bouillon et dit à ses hôtes:
«Mes enfants, je voudrais bien prolonger la satisfaction d'être avec vous, mais je serais peut-être tenté de manger quelque chose, et mes médecins me tiennent à un régime bien sévère; ils veulent que je sacrifie mes plaisirs à ma santé. J'obéis et je demande qu'on suive mon exemple, car je veux absolument que personne ne se dérange. Adieu, mes amis, je vous souhaite un bon voyage. Je n'ai pas besoin de vous recommander de bien aimer ma fille; je parle à des Français, et elle est la femme de votre Roi.»
Tous se retirèrent charmés de l'accueil du monarque, de sa simplicité et de sa bonhomie.
Au cours de l'été de 1761, le roi de Pologne allait éprouver une grande joie.
La santé de ses petites-filles Adélaïde et Victoire laissait quelque peu à désirer et le médecin de la cour ayant vivement conseillé les eaux de Plombières, Louis XV décida que les princesses iraient faire une saison dans la célèbre station.
La Reine, désolée de voir ses filles s'éloigner, souhaitait s'endormir pendant toute leur absence et ne se réveiller que pour les recevoir. «Je voudrais, disait-elle tristement, être la Belle au Bois dormant.»
Les princesses quittèrent Marly le 30 juin, à neuf heures du matin; elles étaient accompagnées de la duchesse de Beauvilliers, des comtesses de Durfort, de Civrac, de Narbonne, des marquises de Brancas, de Castellane, de l'Hôpital, etc.