Sur tout le parcours elles reçurent les honneurs dus à leur rang, «les cœurs ainsi que les yeux volaient sur leur passage».
La joie du vieux Stanislas à la pensée qu'il allait revoir ses petites-filles, les posséder quelque temps sous son toit, était profonde. Dans son impatience de jouir plus tôt de leur présence, il se rendit au-devant d'elles jusqu'à son château de Commercy.
Le 2 juillet, jour de leur arrivée, il alla les attendre sous les ombrages de la Fontaine royale avec les principaux personnages de la Cour. Une superbe collation était préparée. L'entrevue fut des plus touchantes. Le monarque témoigna sa joie «par des embrassades sans fin et bien des larmes». L'on partit ensuite pour Commercy, où l'on arriva à neuf heures du soir.
Le lendemain fut consacré au repos; on retourna à la Fontaine royale et le soir on traversa les jardins illuminés par sept mille terrines ou pots à feu. Après le souper il y eut feu d'artifice, illumination, etc.
Le samedi 4 juillet l'on se rendit à la Malgrange.
Le cortège arriva à Nancy à sept heures du soir. Une compagnie de cavalerie bourgeoise s'était rendue au-devant de Mesdames jusqu'à deux lieues de la ville avec étendards, timbales et trompettes. Les princesses furent reçues au bruit du canon, au son de toutes les cloches et aux acclamations d'un peuple immense. Toutes les boutiques étaient fermées et les maisons étaient tapissées de verdure; des détachements d'invalides et des hommes choisis parmi les trois bataillons de milice bourgeoise faisaient la haie.
Accueillies aux portes de la ville par le corps municipal, les autorités, l'état-major, la noblesse, Mesdames eurent à subir naturellement force discours et compliments, mais elles étaient accoutumées à ce genre de souffrances et elles les supportèrent avec beaucoup de bonne grâce.
Le cortège se rendit ensuite au milieu d'une foule compacte jusqu'à la place Royale. Tous les édifices, les croisées, les balcons, les entresols, les toits eux-mêmes étaient remplis de monde.
Par une heureuse coïncidence, le ciel, qui toute la journée avait été menaçant, se découvrit complètement et les derniers rayons du soleil couchant vinrent éclairer la statue de Louis XV au moment même où Mesdames la «considéraient avec amour». Ce spectacle, dit le chroniqueur, «tira des larmes de joie aux assistants».
On offrit ensuite aux illustres voyageuses les présents de la ville; ils consistaient en deux paniers couronnés de fleurs d'Italie, ornés de taffetas blancs, de dentelles de blonde, remplis de dragées de Verdun, de mirabelles de Metz, de gâteaux faits dans les couvents à Nancy.