Enfin on vit s'avancer un char couvert d'un superbe baldaquin; vingt et une jeunes filles de la bourgeoisie s'y trouvaient réunies, toutes costumées en nymphes ou en vestales. A leur tour elles lurent un compliment et présentèrent dans un bassin deux bouquets que Mesdames «daignèrent prendre dans leur voiture et flairer».

Le cortège prit ensuite la route de la Malgrange, en passant par le faubourg de Bon-Secours. Après un court arrêt à la Mission pour recevoir la bénédiction du Père de Menoux, qui n'entendait pas se laisser oublier, l'on arriva à l'église de Bon-Secours, où l'on entendit le salut.

Enfin l'on parvint à la Malgrange où le Roi de Pologne offrit à ses petites-filles un magnifique repas. La beauté de la réception causait une joie générale. Les appartements, les parterres, les bosquets étaient remplis de monde. Le peuple, que l'on avait admis à considérer de loin ce brillant spectacle, exprimait naïvement sa joie et criait à tue-tête: «Vive Mme Adélaïde et aussi la Victoire!»

Le 5, Mesdames partirent à huit heures et demie du matin pour Plombières; elles y arrivèrent à sept heures du soir, après un voyage des plus heureux.

Plombières, où nous avons déjà à plusieurs reprises conduit nos lecteurs, et dont Voltaire nous a laissé une si navrante description, était avec Spa la ville d'eaux la plus célèbre du dix-huitième siècle[ [98]. Les malades y affluaient des quatre coins de l'Europe, mais particulièrement de France, d'Allemagne, de Suisse et d'Angleterre.

Puisque les hasards de notre récit nous amènent une fois encore dans la vallée de l'Eaugronne, profitons de l'occasion pour donner quelques détails sur la localité.

Voici ce qu'en écrit un contemporain:

«Plombières est une petite ville de Lorraine située au bas des montagnes escarpées qui l'environnent et que l'on nomme montagnes des Vosges. Elle est renommée par ses eaux chaudes et savonneuses, qui sont très salutaires. Son terrain, qui est fort mauvais et très pierreux, ne produit que du sarrasin, peu de seigle, du chanvre, des pommes de terre, du foin et du bois.»

La ville, qui ne se compose que d'une seule rue, est traversée dans toute sa longueur par un ruisseau où l'on pêche des truites excellentes. Sur la rive gauche de ce ruisseau, sur la route de Remiremont, s'élève une manufacture de papier; sur la rive droite, sur la route de Besançon, on a construit une filerie actionnée par le cours d'eau.