Et je reçois pour traitement
Cent vingt livres de France.
Son premier soin en arrivant à Lunéville fut de raconter à sa famille et à ses amis la médiocre réussite de son ambassade, mais en même temps il récitait la chanson qu'il avait composée pendant la route, et elle eut très grand succès. Elle parvint naturellement à Versailles, où elle ne fut pas moins goûtée; cependant la dauphine ne put cacher l'irritation que lui causait le ridicule dont on couvrait sa sœur.
Stanislas ne se laissa pas décourager par le résultat, en somme assez peu satisfaisant, de la première mission du chevalier. Peu de temps après, une nouvelle occasion se présentait d'envoyer un ambassadeur et c'est encore à Boufflers que le roi de Pologne s'adressa.
L'élection du roi des Romains allait avoir lieu à Francfort et l'on savait que les suffrages se porteraient sur le fils de Marie-Thérèse et de François Ier, l'archiduc Joseph[ [109]. De pompeuses cérémonies et de grandes réjouissances devaient avoir lieu, car l'impératrice et l'empereur accompagnaient leur fils.
Stanislas estima qu'il serait de bon goût de se faire représenter auprès de son prédécesseur sur le trône de Lorraine, dans une circonstance aussi solennelle, et il chargea le chevalier de se rendre à Francfort avec une lettre autographe pour l'empereur François[ [110] et une seconde pour le futur Roi.
Le choix du chevalier était d'autant plus indiqué pour cette mission que sa grand'mère, la princesse de Craon, se rendait elle-même à Francfort et qu'il était tout naturel qu'il l'y accompagnât. La princesse, qui ne quittait jamais sa magnifique retraite d'Haroué, avait cru qu'elle devait ce témoignage de fidélité et d'attachement au fils et au petit-fils de l'homme qu'elle avait tant aimé, et malgré son âge elle prit la route de Francfort. Boufflers n'était pas seul à l'accompagner; elle emmenait encore avec elle son petit-fils, le prince de Chimay et son neveu, le comte de Ligniville.
Bien entendu, le chevalier avait promis à sa mère de lui faire une exacte description de tout ce qu'il verrait et entendrait. A peine arrivé, il tint parole:
«27 mars 1764.
«L'élection du roi des Romains s'est faite aujourd'hui avec toute la pompe, la majesté, la magnificence et l'ennui possibles, et c'est l'archiduc Joseph qui a été élu d'un commun consentement, comme Mme la marquise de Boufflers me l'avait judicieusement prédit avant mon départ.