«Nous avons à Ferney un de vos compatriotes: c'est M. le chevalier de Boufflers, un des plus aimables enfants de ce monde, tout plein d'esprit et de talents.»

Avec le maréchal de Richelieu il est encore plus dithyrambique:

«Ferney, le 21 janvier 1765.

«Le chevalier de Boufflers est une des singulières créatures qui soient au monde. Il peint en pastel fort joliment. Tantôt il monte à cheval tout seul à cinq heures du matin et s'en va peindre des femmes à Lausanne; il exploite ses modèles. De là, il court en faire autant à Genève, et de là il revient chez moi se reposer des fatigues qu'il a essuyées avec des huguenotes.....»

Comment, si près de la cité de Calvin, Boufflers pourrait-il ne pas y aller? Comment laisserait-il inachevées ces études sur les mœurs de la Suisse qu'il a si complaisamment et heureusement commencées? De Ferney, le chevalier va donc de temps à autre faire de courtes visites à Genève, il pénètre dans la société et il y reçoit, comme à Lausanne, l'accueil le plus empressé. Les réflexions que lui inspirent ses nouveaux amis sont aussi fines qu'amusantes.

«24 décembre 1764.

«J'ai été hier pour la première fois à Genève. C'est une grande et triste ville, habitée par des gens qui ne manquent pas d'esprit, et encore moins d'argent, et qui ne se servent ni de l'un ni de l'autre. Ce qu'il y a de très joli à Genève, ce sont les femmes; elles s'ennuient comme des mortes, mais elles mériteraient bien de s'amuser.

«Le peuple suisse et le peuple français ressemblent à deux jardiniers dont l'un cultive des choux et l'autre des fleurs. Remarquez encore avec moi que moins on est libre et mieux on aime les femmes. Les Suisses s'en servent moins que les Français et les Turcs davantage.

Vous dont tout reconnaît l'empire et la beauté,

Sexe charmant, je plains le Suisse qui vous brave,