Que le plus illustre des Rois,

Déposant sa grandeur, veut n'être quelquefois

Que le plus aimable des hommes.

Stanislas, pour distraire sa fille et la détourner de trop sombres pensées, donna des fêtes, des réjouissances; il fit à plusieurs reprises illuminer les jardins, le canal, le pont d'eau et tirer devant le château des feux d'artifice merveilleux.

C'est pendant ce séjour qu'on apprit la mort inopinée de l'empereur François, survenue à Inspruck le 18 août. Les Lorrains, qui étaient toujours restés fidèles au souvenir de leur ancienne dynastie, témoignèrent une profonde douleur. Une foule extraordinaire accourut de la campagne pour assister aux services célébrés à Lunéville et à Nancy en mémoire du fils de Léopold. Ces marques d'attachement montraient à Stanislas qu'en dépit de ses bienfaits il n'avait pu faire oublier à ses sujets leurs anciens souverains, et il en fut péniblement affecté.

Le séjour de la Reine dura trois semaines. Les dernières journées furent attristées par la perspective de la séparation prochaine. Enfin l'heure fatale arriva. Stanislas, désolé, voulut accompagner sa fille jusqu'à Saint-Aubin. Tous deux étaient si vivement émus qu'ils ne pouvaient parler, ils se tenaient étroitement serrés l'un contre l'autre et versaient d'abondantes larmes. La Reine monta en sanglotant dans son carrosse, et elle prit la route de Versailles.

Quand le moment fut venu de retourner à Lunéville, Stanislas ne cessait d'exprimer les regrets qu'il éprouvait de quitter son cher Commercy «qu'il aimait tant». Le jour du départ il était à ce point troublé qu'il embrassa la concierge du château avant de monter en carrosse.

Le départ de sa fille chérie n'était pas la seule douleur qui oppressât le cœur du bon Roi.

La santé du Dauphin donnait depuis quelques mois des inquiétudes et il en avait été souvent question dans les longs entretiens entre le père et la fille. Bien que les nouvelles de Versailles fussent de nature plutôt rassurante, Stanislas ne pouvait se défendre d'une vague appréhension et il parlait de son petit-fils avec une angoisse qu'il ne savait dissimuler. Pendant les mois d'octobre et de novembre, la santé du prince devint de nouveau précaire et on attendait anxieusement les courriers de Versailles.

A la fin de novembre, une fâcheuse nouvelle vint attrister la Cour. On apprit la mort du vieux marquis du Châtelet; le grand chambellan venait de succomber chez son frère, au château de Loisey, à l'âge de soixante-dix ans. Stanislas fut vivement affecté de la perte de ce bon serviteur qui, depuis tant d'années, avait été intimement lié à sa vie et dont la présence lui rappelait les jours heureux des années 1748 et 1749. Fidèle à son souvenir, il désigna aussitôt son fils pour le remplacer.