Au commencement de décembre, l'état de santé du Dauphin devint d'une gravité extrême; le Roi de Pologne était dans la désolation; pas une lettre où il ne parle de son petit-fils avec angoisse, où il ne dise les vœux ardents qu'il forme pour son rétablissement. Non seulement il priait lui-même pour l'auguste malade, mais il ordonna des prières publiques dans toutes les églises de la Lorraine.
Le 19 décembre, le chevalier de Boufflers arriva de Fontainebleau; il apportait de désastreuses nouvelles; le prince déclinait de jour en jour, d'heure en heure; une issue fatale paraissait prochaine.
Ces sinistres prévisions n'étaient que trop justifiées; le Dauphin s'éteignit le 20 décembre.
La nouvelle ne parvint à Lunéville que le 23; elle fut apportée par un courrier qui se rendait à Dresde, porteur du triste message. Stanislas fut consterné; en dépit de toute espérance, il espérait encore; il avait tant prié qu'il comptait fermement sur un miracle de la Providence. Il ne pouvait admettre que la mort inexorable frappât aveuglément un homme en pleine jeunesse, l'unique espoir d'une antique monarchie, alors qu'elle épargnait un vieillard chargé d'ans, infirme et inutile à tous.
La douleur du Roi fut immense; il avait reporté sur son petit-fils toutes ses affections, tous ses rêves d'avenir; il resta inconsolable. Il s'enferma dans ses appartements privés et pendant plusieurs jours ne voulut voir personne que Mme de Boufflers: «Hélas! s'écriait-il dans sa douleur, j'ai perdu deux fois la couronne et je n'en ai pas été ébranlé; la mort de mon cher Dauphin m'anéantit.»
Quant à Marie Leczinska, dans sa désolation elle écrivait à son père:
«Je vis encore après mon malheur affreux... Je pleure un saint... Dieu est ma seule consolation...
«Je pleure un fils et un ami, le malheur de l'État... Il n'y a que le bonheur dont jouit mon fils par la miséricorde de Dieu qui me console....»
Stanislas voulut qu'un service solennel fût célébré à la mémoire du malheureux prince, à l'église primatiale de Nancy, et il en fixa la date au 3 février. Il chargea un jésuite, le père Coster, de composer l'oraison funèbre. Le père, en bon courtisan, s'étendait avec complaisance dans son discours sur les vertus et les mérites de Stanislas lui-même. Quand on soumit au Roi le projet et qu'il entendit son éloge, il s'écria: «Il faut que le Révérend Père supprime ce passage, dites-lui de le garder pour ma propre oraison funèbre.»
Stanislas avait choisi la date du 3 février parce que lui-même devait se trouver à ce moment à la Malgrange, ayant pour habitude de faire ses dévotions à Bon-Secours cinq fois par an, aux grandes fêtes de la Vierge; or, cette année, la Purification se trouvait le 2 février.