A partir du 17 les bulletins envoyés par Durival à son frère deviennent de plus en plus alarmants:

17.—«La situation du Roi de Pologne est toujours la même, c'est-à-dire beaucoup de douleur dans les pansements, surtout de la main gauche, de la fièvre, et c'est ce dernier article qui inquiète parce qu'on en craint des accidents fâcheux. Des taches noires se sont manifestées sur la peau; le quinquina les a fait disparaître, mais on en craint le retour. Le Roi a fait ce matin quelques signatures de chancellerie.»

18.—«La nuit a été moins tranquille que la précédente. Le Roi a souffert et s'est fait mettre dans son fauteuil.»

19.—«Les nouvelles sont très satisfaisantes. Le Roi a eu une nuit très tranquille, les escars tombent. Il conserve sa sérénité et sa gaieté.»

20.—«Le Roi eut hier à dix heures du soir un frisson de quelques minutes, ce qui donne à penser qu'il ne provient que de refroidissement, sans principe de fièvre. Les plaies ont été trouvées, au pansement de ce matin, encore en meilleur état que dans ceux d'hier et donnant de bonnes espérances pour les suivants, d'autant que la fièvre de suppuration est fort diminuée.»

Les nouvelles particulières, cependant, étaient moins optimistes. Durival écrivait confidentiellement ce même jour:

«L'affaissement est très sensible, la fièvre continue, et plus forte la nuit que le jour. Enfin l'état du malade n'est rien moins que satisfaisant. M. le chancelier est dans la douleur.»

Le 21 le bulletin laissait entrevoir la vérité malgré des paroles encore rassurantes.

«Le prince, dont l'affaissement pendant la journée d'hier avait donné de l'inquiétude, se trouva beaucoup mieux le soir, et tint son assemblée ordinaire, avec la même gaieté qu'avant l'accident.

«Le présage qu'on en tira pour une nuit plus tranquille que la précédente s'est confirmé en partie; le Roi a passablement dormi depuis minuit jusqu'à six heures. Le pansement ne s'est fait qu'à huit heures, les chairs reprennent dans les parties découvertes; on a levé de nouveaux escars dans quelques autres; ces derniers bien plus profonds qu'on ne l'avait cru, mais bien détachés malgré l'épaisseur. Beaucoup des parties tenaces sont disposées à se détacher aux pansements prochains. Dans celui de ce matin les plaies ont été trouvées et laissées dans le meilleur état possible, et sauf les accidents nous ne sommes pas sans espérance.»