Stanislas avait conservé tout son calme, sans se faire du reste aucune illusion sur le danger de son état. Il voulut revoir lady Churchill et son mari, qui avaient dîné avec lui la veille de l'accident. Il les reçut avec une grande bienveillance, leur fit ses adieux et leur dit en souriant: «Il ne manquait qu'une pareille mort à un aventurier comme moi.»
Il disait, en parlant de la population qui assiégeait les avenues du château: «Voyez comme ce bon peuple m'est encore attaché, aujourd'hui qu'il n'a plus rien à craindre ni à espérer de moi.»
Mme de Boufflers passait par de cruelles angoisses; bien qu'elle cherchât à se leurrer encore, elle ne pouvait cependant se dissimuler l'aggravation survenue, et son inquiétude était extrême; Panpan, Porquet, Mme de Boisgelin ne la quittaient pas; tous s'efforçaient de la consoler et ils cherchaient à lui donner des espérances qu'eux-mêmes étaient loin de partager.
Ce qu'il y avait peut-être de plus cruel dans la situation de la marquise, c'est qu'elle pouvait juger de l'état du Roi par l'attitude que prenaient vis-à-vis d'elle ceux qui, la veille encore, se montraient les plus empressés, les plus respectueux: sous prétexte de soins à donner, d'ordres des médecins, de repos nécessaire, on l'éloignait peu à peu de la chambre du malade; bientôt, malgré ses instances, on lui en interdit l'entrée. Par contre, on entourait le chancelier, ses moindres paroles étaient des ordres absolus: il s'était installé dans l'appartement royal, il n'en bougeait plus ni jour ni nuit; seuls, lui et quelques serviteurs éprouvés avaient accès dans la chambre où le vieux monarque agonisait: il fallait à tout prix éviter que le roi subît une influence étrangère et qu'il prît des dispositions dernières qui auraient pu contrarier les projets de la France.
A Nancy, l'on vivait dans l'anxiété et l'on attendait impatiemment les nouvelles. Le 22, on vit avec effroi passer deux courriers pour Versailles; ils portaient à la Reine la nouvelle que son père était au plus mal.
Le cardinal de Choiseul fit descendre la châsse de saint Sigisbert et on l'exposa à la Primatiale. Il ordonna des prières publiques et une procession solennelle.
Le 22 à quatre heures et demie, Durival reçut de son frère ce laconique billet:
«Lunéville, 22 février,
neuf heures du matin.
«Je vous marquai hier soir l'état du Roy. Je n'ai, ce matin, rien de consolant à vous annoncer; le malade respire, mais sa situation ne laisse que peu d'espérance, et peut-être bientôt... Dieu veuille que je me trompe!»
A sept heures du soir, l'évêque de Toul traversa Nancy, se rendant en toute hâte à Lunéville. Il ordonna de sonner dans toutes les églises pour les prières des quarante heures. Aussitôt, on crut le roi mort et l'alarme fut générale dans la ville.