Ensuite venait le char funèbre recouvert d'un grand poêle «dont quatre aumôniers à cheval, habillés en surplis et bonnet carré, portaient les quatre coins». Il était accompagné par tous les gardes du corps, leurs officiers et de nombreuses troupes.
Malgré un temps affreux, une foule énorme suivit le convoi; sur la route l'affluence du peuple était si considérable qu'elle retardait la marche des chevaux. La tristesse et la consternation se lisaient sur tous les visages: «C'est que la dernière illusion de la patrie allait descendre dans les caveaux de Bon-Secours avec le cercueil de Stanislas.»
On n'arriva à l'église qu'à une heure avancée de la nuit et le corps y fut déposé en grande pompe[ [126].
Le lendemain eut lieu la cérémonie officielle[ [127].
Le testament de Stanislas montre bien la bonté de son cœur; il débute par cet aveu charmant et vraiment touchant:
«Au nom de la Très Sainte Trinité.
«Ma plus grande satisfaction pendant ma vie étant de rendre heureuses les personnes attachées à mon service, je souhaiterais, après ma mort, pouvoir leur continuer le même bonheur, mais en me réglant sur la possibilité, j'ai tâché de laisser à celles qui en auront le plus besoin quelques ressources en me perdant, et à toutes en général une marque de mon souvenir»[ [128]...
Le Roi, en effet, laissait à tous les fonctionnaires de sa cour, à tous les pensionnés, une année de traitement, à tous ses domestiques une année de gages. Personne n'est oublié depuis le plus élevé jusqu'au plus humble.
Quelques-uns, les amis les plus chers, sont l'objet de legs particuliers: la princesse de Talmont, M. de la Galaizière, le maréchal de Bercheny, le prince et la princesse de Beauvau, Alliot, Rönnow, Solignac, etc.[ [129].