Le 23, les plaies étaient sèches et noires; le malade vivait dans un assoupissement continuel et on ne parvenait à le réveiller que par de violents cordiaux.

Le chancelier, l'intendant et les gens de service ne quittaient plus la chambre du monarque.

Un envoyé du Roi nouvellement élu de Pologne, Stanislas Poniatowski, s'étant présenté de la part de son maître, La Galaizière ordonna de le laisser pénétrer auprès du moribond; le Roi entendit encore ce qu'on lui disait, mais il ne put articuler un mot; il eut seulement la force de tendre la main à l'ambassadeur.

Puis Mme de Boufflers se présenta pour revoir une dernière fois celui dont elle avait embelli la vie, mais le chancelier, agissant en maître, eut la cruauté de lui faire refuser la porte.

L'agonie fut longue et douloureuse. A quatre heures et quelques minutes le Roi, toujours installé dans son fauteuil, rendait le dernier soupir.

La triste nouvelle se répandit bientôt dans la ville; la désolation était générale, on n'entendait que cris, clameurs et gémissements. Si les Lorrains avaient conservé pour leur ancienne dynastie une inaltérable affection, ils avaient su cependant apprécier la bonté de Stanislas et tout le bien qu'il avait cherché à leur faire; ils lui étaient sincèrement attachés. Enfin la pensée d'appartenir à un nouveau maître leur causait une véritable angoisse et redoublait la douleur qu'ils éprouvaient.

Aussitôt que Stanislas eut expiré, on l'exposa sur un lit de parade, la face découverte. L'embaumement eut lieu le lundi suivant. Immédiatement après, le corps fut placé dans un cercueil «fermant à clef, garni de velours cramoisi et bordé d'un galon d'or» et transporté dans une chapelle ardente; sur la bière furent déposés la couronne, le sceptre et le cordon bleu avec l'ordre du Saint-Esprit. Le cœur, qui était d'une taille extraordinaire, fut embaumé, puis enfermé dans une boîte de plomb et déposé sur un grand plat d'argent recouvert d'un crêpe[ [125].

Jusqu'au 3 mars ce fut un interminable défilé de toutes les autorités, de tous les corps constitués et d'une grande partie de la population.

Enfin le jour fixé pour les obsèques arriva. Le convoi funèbre partit de Lunéville le lundi à six heures du soir pour se rendre à l'église de Bon-Secours.

Le cortège était somptueux. En tête marchait la maréchaussée de Lunéville. Trois voitures drapées et avec les chevaux caparaçonnés contenaient les huissiers, les gentilhommes de la Chambre, le cardinal. Les ordres religieux, les confréries, cent pauvres habillés en casaque noire, les valets de pied, les palefreniers à cheval, tous portant un flambeau à la main, escortaient les voitures.