CHAPITRE II
1750-1751
Arrivée du comte de Tressan en Lorraine.—Il s'éprend de la marquise de Boufflers.—Panpan devient son confident.—Il reçoit le roi de Pologne à Toul.
Dans les premiers jours de l'année 1750 était arrivé en Lorraine un nouveau personnage, le comte de Tressan.
Nous avons déjà eu l'occasion de parler de lui incidemment dans la première partie de cet ouvrage, mais il va bientôt jouer à la cour de Lunéville un rôle si important qu'il est indispensable de donner sur lui de plus amples détails[ [10].
Louis-Élisabeth de Lavergne, comte de Tressan, était né le 5 octobre 1705, dans le palais épiscopal du Mans, dont son oncle était évêque.
Après avoir été attaché à la personne de Louis XV pendant sa jeunesse et avoir partagé ses études et ses amusements, Tressan avait obtenu du Régent, en 1723, une commission de mestre de camp et une compagnie.
Aussi bien au physique qu'au moral, Tressan était doué des plus précieuses qualités. Il avait une physionomie charmante, beaucoup de grâces naturelles, une politesse facile et des formes aimables; de plus il possédait de l'imagination, de l'esprit, des connaissances, un goût très décidé pour les sciences exactes et la poésie[ [11]. Des débuts assez heureux dans des genres si dissemblables lui attirèrent très jeune une véritable réputation. Malheureusement son caractère souffrit de ces faciles succès et il ne put se défendre d'un peu de vanité et de beaucoup de pédanterie.
Toutes les bonnes qualités de Tressan étaient, en outre, gâtées par son esprit caustique et son goût pour l'épigramme. On l'a comparé plaisamment à une guêpe tombée dans du miel.
Ses travaux sérieux ne l'empêchaient nullement de se distraire et il avait l'art précieux de mener de front le travail et les plaisirs. A Versailles, il partageait les amusements d'une cour jeune et brillante. A Paris, il faisait partie des sociétés les plus agréables.
Il était de celle de Pantin, composée d'hommes spirituels et de femmes charmantes. Ils avaient loué à frais communs une vaste habitation; on y faisait de la musique, on y dansait, on y jouait la comédie, on y donnait des fêtes.