Il fréquentait aussi le salon de Mme de Tencin, et parmi ses bêtes (c'est ainsi qu'elle désignait ses habitués), il portait le surnom de mouton, qui ne convenait guère, cependant, à son genre d'esprit.
Ce même surnom l'avait suivi dans la société de la Reine, qu'il fréquentait assidûment. Marie Leczinska l'honorait d'une bienveillance particulière et lui pardonnait une indépendance d'idées et des incartades de conduite qu'elle n'eût pas aisément supportées chez d'autres.
Tressan, en effet, était philosophe et frondeur; il ne se contentait pas de courir les sociétés galantes et les bureaux d'esprit de la capitale, il fréquentait le clan philosophique, la société du Temple et celle du Palais-Royal; c'est là qu'il se lia avec l'abbé de Chaulieu, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu, Hénault, l'abbé Nollet, Montcrif, Gentil-Bernard, etc., etc. Il leur donnait à souper, leur montrait ses productions et recevait leurs encouragements.
Voltaire, plus que tout autre, paraissait apprécier le jeune poète. Dès 1732, il chantait son précoce talent en ces vers charmants:
A M. de Tressan
Tressan, l'un des grands favoris
Du dieu qui fait qu'on est aimable,
Du fond des jardins de Cypris,
Sans peine, et par la main des Ris,
Vous cueillez ce laurier durable