Si doux, si tendre et si facile:

En vain vous cachez votre nom;

Enfant d'amour et d'Apollon,

On vous devine à votre style.

Pas une lettre de Voltaire qui ne contienne des éloges hyperboliques à l'adresse de son correspondant. On aurait lieu de s'en étonner, si l'on ne savait que Tressan est aussi bien vu à la Cour que Voltaire y est peu apprécié. La protection du jeune officier est donc bien précieuse pour un pauvre philosophe honni, pourchassé, et dans les moments les plus critiques, c'est à Tressan que Voltaire s'adresse pour tâter le terrain et savoir s'il peut rentrer en France sans courir risque de la Bastille:

«Voilà la grâce que vous demande celui qui vous a aimé dès votre enfance, lui écrit-il en décembre 1736, qui a vu un des premiers ce que vous deviez valoir un jour et qui vous aime avec d'autant plus de tendresse que vous avez passé ses espérances. Soyez aussi heureux que vous méritez de l'être et à la Cour et en amour...»

Si Tressan avait borné ses travaux à des études littéraires ou scientifiques, et s'il s'était contenté de succès mondains, il eût vécu plus heureux, mais, nous l'avons dit, il avait l'épigramme facile, il ne savait pas résister à un bon mot. On se rappelle le quatrain mordant et outrageant qu'il avait composé sur la jeune duchesse de Boufflers:

Quand Boufflers parut à la Cour,

De l'Amour on crut voir la mère;

Chacun s'empressait à lui plaire,