Si le roi de Pologne n'a que peu d'influence à Versailles, en Lorraine fort heureusement on l'écoute plus volontiers; puis n'est-il pas intimement lié avec le maréchal de Belle-Isle, «son chérissisme maréchal», sous les ordres duquel se trouve Tressan? C'est donc à M. de Belle-Isle que s'adresse le Roi pour obtenir quelque adoucissement à la situation de son nouvel ami. Le maréchal s'empresse d'accéder au désir de Stanislas et il charge le gouverneur de Toul de missions importantes, entre autres d'inspecter plusieurs garnisons de la région, de surveiller les frontières, de visiter les mines, de rectifier la carte du pays, etc. Ces fonctions grandissent le rôle du gouverneur et lui procurent une augmentation de traitement fort appréciable.

Aussi écrit-il, ravi, à Panpan:

«Toul, 1750.

«J'ai reçu hier un ordre de M. le maréchal de Belle-Isle qui me rend seigneur et commandant dans plus de pays que le marquis de Carabas n'en possédait et que le diable n'en offrit sur la montagne du Thabor. Je prie Mme la marquise de Boufflers, si elle en peut trouver le moment, de témoigner au roi toute ma reconnaissance de la bonté qu'il a eue d'autoriser cet arrangement.»

Mais il ne suffit pas d'être nommé, il faut encore se montrer digne des postes que l'on vous confie. Tressan, qui a de l'amour-propre, et qui espère, grâce à ses nouveaux emplois, parvenir aux plus hautes destinées, se prépare à les remplir avec zèle:

«Je vais rassembler quelques chevaux à bon marché pour me mettre en état de commencer mes tournées les premiers jours de juillet. Vous savez, mon cher Panpan, qu'il n'est pas permis à un homme qui pense de s'acquitter négligemment de ses devoirs. On vient de me tirer du service borné dans lequel je languissais pour m'en donner un actif et honorable; c'est une paire d'ailes qu'on m'attache pour continuer à m'élever, et je dois m'en servir, et employer le peu de talent que j'ai reçu pour aller avec prudence, mais avec zèle et activité, aux grands commandements auxquels je peux prétendre sans chimère.

«Mes tournées ne m'éloigneront jamais de Lunéville et mon cœur me rappellera sans cesse à la fontaine de l'amour. Que j'aimerai à vous retrouver sur ses bords!»

Malheureusement, au moment même où Tressan, plein d'ardeur, se préparait à parcourir la province qu'on confiait à ses soins et à sa vigilance, il tomba assez gravement malade. Dès qu'il va mieux, il écrit à Panpan, pour lui confier ses malheurs.

«A Toul, ce 14 juin 1750.