Un amour heureux peut se passer de confident; un amour malheureux a besoin de s'épancher et de crier sa douleur. Ainsi pensa Tressan et il chercha dans l'entourage de la marquise une âme compatissante qui pût le secourir. Le brave et excellent Panpan lui parut tout désigné pour cette mission de confiance.
Certes, le comte n'ignorait pas que le lecteur du Roi, dans des temps plus anciens, avait joui auprès de la grande dame d'une singulière faveur; mais c'était le passé, et si Tressan avait dû s'en soucier il aurait eu vraiment trop à faire. Panpan n'était-il pas resté le meilleur ami de la marquise? n'avait-il pas gardé sur elle une influence considérable? Cela suffit pour décider le gouverneur à confier à son nouvel ami ses tourments et ses espérances.
Panpan, en maintes circonstances, nous l'avons vu, avait déjà rempli ces mêmes fonctions, aussi ingrates que délicates. Il accueillit avec une indulgence souriante les aveux de son ami, et il lui promit son bienveillant concours, dans la mesure, du moins, où cela lui était possible.
Il résulta de cette complicité secrète, non seulement une extrême intimité, mais pendant les absences forcées du gouverneur une correspondance des plus actives, à laquelle nous ferons de fréquents emprunts. C'est par l'intermédiaire de l'officieux Panpan que Tressan s'efforce d'obtenir des nouvelles de celle qui l'occupe exclusivement:
«Toul, mardi.
«Vous croyez donc, monsieur de Panpan, que deux ou trois plaisanteries que Mme de Boufflers a laissé tomber sur moi avec un air de négligence, et seulement comme pour n'en pas perdre l'habitude, que ces plaisanteries, dis-je, suffisent pour répondre à la lettre que je vous ai écrite?
«Oh! détachez-vous un peu de cette confiance, jouez quatre coups de moins au volant, fichez sept ou huit points de moins dans votre ouvrage, et écrivez à vos amis.
«Je pars après demain pour Metz, et je vous promets d'attendre jusqu'à mardi ou mercredi à médire de vous avec l'ami Saint-Lambert. Je compte qu'une lettre de vous m'y déterminera à lui parler toujours du cher Panpan avec ce plaisir, cette vivacité qu'il inspire à ceux qui l'aiment d'aussi bonne foi que moi.
«Assurez Mme de Boufflers et Mme de Bassompierre de mes respects et dites-leur que je les regretterais, quand même je n'aurais pas passé la journée de mercredi avec dix-huit suisses, celle d'hier avec dix-huit chanoines, et celle d'aujourd'hui avec M. de Roquépine, qui m'a paru plus bavard et plus extraordinaire que jamais»[ [13].
Depuis que Tressan était arrivé en Lorraine, Stanislas s'était efforcé à plusieurs reprises d'améliorer son sort et il avait fait à Versailles, en sa faveur, plusieurs démarches pressantes. Mais, en dépit de l'appui de Marie Leczinska, l'hostilité de Mme de Pompadour avait tout arrêté.