Une autre fois, c'est Mme de Craon qui doit dîner chez le comte: une réception digne d'elle lui est préparée; malheureusement, par la faute et la rapacité d'Alliot, la princesse ne peut arriver en temps voulu. Tressan nous raconte sa déconvenue:

«Le mercredi j'avais une petite fête toute préparée pour Mme la princesse de Craon, Mme de Mirepoix et Mlle de Chimay; mais à trois heures et demie elles m'envoyèrent dire qu'elles ne viendraient point, et moi et ma compagnie affamés dévorâmes le dîner. M. Alliot avait oublié d'envoyer des relais à la princesse, mais non de déménager la Malgrange de tout ce qui a eu vie; les dames firent un vrai souper de Bramine et vécurent d'un plat de lait et d'un bouquet de fleurs d'orange.

«La princesse ayant profondément réfléchi a choisi, entre vingt ou trente résolutions, celle de retourner à Haroué. Mme de Mirepoix, qui heureusement n'en avait qu'une, est venue hier avec Mlle de Chimay et elles m'ont fait l'honneur de dîner chez moi.

«Je comptais aller demain à Commercy, mais Mme de Mirepoix m'ayant dit que le beau prince pouvait bien passer demain samedi ici, le seul espoir de le voir un moment plus tôt fait que je retarde mon voyage jusqu'à dimanche; j'y serai donc sans doute ce jour-là, mais aux pieds même de notre divinité; je soupirerai de n'y pas voir le cher Panpan.

«Je ne serai que trois ou quatre jours: il faut que je sois le 17 à Metz, et le 20 je pars pour mes grandes courses. Je m'arrangerai pour finir par Charmes et Bayon, et qui mieux est pour arriver à Lunéville à l'heure du dîner, et j'irai demander un poulet non à M. de Panpan, mais à M. de Vaux le père et en famille. De dire à peu près le jour, c'est ce que j'ignore et ce que je me garderai bien de laisser deviner, mais ce ne pourra être au plus que dans le mois prochain.

«Adieu, mon cher Panpan, je vous plains d'être éloigné de tous vos amis, je vous embrasse mille fois et du plus tendre de mon cœur.

«J'ai écrit deux lettres à l'ami Saint-Lambert en commun pour notre ami Liébault; point de réponse. Si ce dernier est avec vous, je vous fais mon compliment à tous deux. Ne m'oubliez pas auprès de M. votre père.»

Tressan n'avait pas seulement la joie d'accueillir dans son «petit palais» toutes les dames de la cour de Lorraine; il avait quelquefois le bonheur d'y recevoir Stanislas lui-même. Quand ses déplacements le menaient dans la direction de Toul, le roi de Pologne s'arrêtait volontiers chez son cher gouverneur, et il daignait accepter son hospitalité. On peut supposer l'allégresse de Tressan quand pareille bonne fortune lui arrivait et tout ce qu'il déployait d'amabilité pour charmer son hôte.

La première fois que le roi de Pologne s'arrêta à Toul, le comte l'accueillit par ce compliment: