Vous les avez cueillis dans les champs de la gloire.

Ces lis naissent de vous pour vos derniers neveux[ [14].

CHAPITRE III
1750-1751

Mort de la princesse de la Roche-sur-Yon.—Mort du marquis de Boufflers.—Fondation de l'Académie de Nancy.—Rôle prépondérant joué par Tressan.—Panpan est nommé académicien.—Correspondance de Voltaire et de Panpan.

La fin de l'année 1750 fut attristée par un deuil cruel. Le 30 novembre le Roi apprenait par un courrier de Versailles que la princesse de la Roche-sur-Yon avait succombé le 27 à un mal presque foudroyant. Stanislas, qui éprouvait pour elle une véritable amitié, et qui se rappelait non sans plaisir les nombreux séjours qu'elle était venue faire à sa cour, celui qu'elle faisait encore quelques mois auparavant, ressentit un réel chagrin de cette perte si inattendue. La cour prit le deuil aussitôt.

Les débuts de l'année 1751 ne furent pas plus heureux.

Le 8 janvier, c'était le chancelier de La Galaizière qui était frappé dans ses plus chères affections. Son fils, le chevalier de Mareil, après une indisposition de deux jours, était trouvé mort dans l'appartement qu'il occupait au château. Le malheureux jeune homme, à peine âgé de vingt ans, était capitaine en second des gardes du corps de Stanislas, et il donnait les plus belles espérances[ [15]. On peut deviner la douleur du père infortuné.

Puis on apprit une nouvelle qui consterna la France, la mort du comte de Saxe. Le corps du héros fut transporté en grande pompe de Chambord à Strasbourg. Bien que le maréchal fût le fils de celui qui lui avait enlevé le trône de Pologne, Stanislas voulut que les plus grands honneurs fussent rendus à sa dépouille mortelle pendant la traversée de la Lorraine. Quand le cortège arriva à Nancy, le 31 janvier, à trois heures de l'après-midi, il fut reçu au bruit du canon et par toutes les troupes assemblées. Le fourgon funèbre fut déposé à l'arsenal dans la ville vieille, où une chapelle ardente avait été préparée. Le 1er février, le triste convoi partit à huit heures du matin pour Lunéville; il y fut reçu avec la même pompe; toutes les troupes formaient la haie.

A peine avait-on rendu au maréchal de Saxe les derniers honneurs qu'une catastrophe inattendue vint une fois encore affliger la Cour.