Après la mort du chevalier de Mareil, Stanislas avait décidé de faire quelques changements parmi les principaux officiers de ses gardes du corps; il lui fallait avoir l'agrément du ministère français, et c'est pour l'obtenir qu'il chargea le marquis de Boufflers de se rendre à Versailles.
Le marquis partit de Lunéville le 11 février, accompagné de son neveu le prince de Chimay. Le temps était très froid et une prodigieuse couche de neige couvrait la terre. Le lendemain matin, vers sept heures, dans les environs de Sandreux, les postillons, trompés par la neige, et peut-être aussi à moitié endormis, abandonnèrent la route et le carrosse versa dans un précipice. Quand on retira le marquis de la voiture, on s'aperçut qu'il était sans connaissance et très grièvement blessé à la tête.
Le prince, qui avait été assez heureux pour s'en tirer avec quelques contusions, courut chercher des secours à la ville voisine, mais, quand il revint, son oncle avait déjà succombé.
La triste nouvelle parvint à Lunéville le lendemain, et elle y causa un émoi facile à deviner. Cependant, pour couper court à des scènes pénibles et attristantes, on décida de ne pas ramener le corps du défunt; le roi envoya à Bar-le-Duc l'abbé Alliot, avec mission de faire inhumer convenablement le pauvre marquis dans l'église de Saint-Pierre. Quant à Mme de Boufflers, le saisissement, et la douleur aussi, espérons-le, l'empêchèrent de se déplacer.
Ainsi mourut de tragique façon cet homme paisible et doux qui s'appelait le marquis de Boufflers. C'était un être excellent, de peu de moyens assurément, mais si facile à vivre, si accommodant, si peu gênant! Sa mort passa presque inaperçue, comme l'avait été sa vie.
Dire qu'il fut très regretté serait assurément excessif. Mme de Boufflers ne pleura pas longtemps ce mari débonnaire qui depuis des années ne jouait plus dans sa vie qu'un rôle purement décoratif. Après un simple deuil de convenance, elle reprit sa vie comme par le passé.
Il faut rendre cette justice à Stanislas, il ne pleura pas davantage le commandant de ses gardes du corps. Le jour même où la nouvelle du funeste événement arriva à Lunéville, il nomma à la place du défunt le jeune prince de Chimay, celui-là même qui avait si miraculeusement échappé à l'accident où son compagnon avait trouvé la mort. De cette façon ce poste envié ne sortait pas de la famille.
Dans son ardent désir de quitter le moins souvent possible la cour de Lorraine et l'aimable femme qui en faisait tout le charme, Tressan cherchait de mille manières à complaire au roi de Pologne et à augmenter la faveur dont il jouissait déjà près de lui.
C'est ainsi qu'il fut amené à jouer un rôle très important dans la création de l'Académie de Nancy.
Depuis plusieurs années déjà, le chevalier de Solignac avait suggéré à Stanislas l'idée de fonder une académie comme il en existait dans quelques grandes villes d'Europe. Le roi aimait passionnément les lettres et les arts, l'idée lui parut fort heureuse. Outre le charme de discussions littéraires et philosophiques dont il prendrait sa part, Stanislas voyait déjà les plus illustres savants de l'Europe briguant le brevet d'académiciens de Nancy, et il songeait avec orgueil à l'honneur et à la réputation qui en résulteraient pour la Lorraine.