Partout vous rend fort ennuyeux;
Votre froide plaisanterie
Vous coûte plus, ne vaut pas mieux.
Les sarcasmes de la marquise déchiraient le cœur de Tressan; et il en perdait le boire et le manger. Cependant il les supportait sans se plaindre, car il craignait par-dessus tout d'être disgracié. Qu'adviendrait-il de lui s'il était chassé de la présence de l'objet aimé? Cette seule pensée le glaçait d'effroi. Affolé, désespéré, le malheureux se tournait alors vers Panpan; il s'épanchait naïvement dans le sein de son ami, lui contait ses douleurs, ses souffrances et le suppliait de le faire rentrer en grâce.
«Toul, lundi.
«Je ne peux vous exprimer, mon cher Panpan, tout ce que je souffre depuis hier; il faut qu'on m'ait fait quelque noirceur auprès de Mme de Boufflers ou qu'elle ait interprété en mal un plat propos que j'ai tenu, mais dont le sens qu'elle pouvait y donner est trop éloigné de ma façon de penser, pour qu'elle puisse s'y arrêter.
«Vous connaissez, mon cher Panpan, quels sont mes sentiments, et combien ils me rendent malheureux! Je n'ai point été assez sage pour n'adorer dans Mme de Boufflers que tout ce qui rend son amitié si désirable; la passion la plus vive m'a entraîné, et les réflexions ne m'ont point encore ramené à la raison. Cependant mes propos, ni mon maintien ne lui parlent que du respect et du tendre attachement que j'ai pour elle. Je renferme dans mon cœur tout ce qui fait mon malheur, sans la toucher, et je me force à ne lui rendre que les devoirs les plus simples et les plus ordinaires dans la société.
«Vous aurez pu voir, mon cher Panpan, que depuis plusieurs jours, elle m'accable de dédains divers, de persiflages; elle est trop juste pour le nier. Elle ne me croit pas assez imbécile pour ne le pas sentir, mais j'ai toujours espéré que ce n'était que par bonté et amitié pour moi, qu'elle voulait me corriger d'un défaut qu'elle m'a reproché, et qu'elle ne voulait qu'éprouver si l'amour-propre était éteint et savait recevoir une bonne plaisanterie.
«Pouvait-elle douter que rien puisse balancer les sentiments que j'ai pour elle, et ne me croit-elle pas assez soumis, assez attaché pour lui tout sacrifier?