A Mme de Graffigny.
Graffigny, je dois tout à votre amitié tendre,
Cet ouvrage est à vous, je ne puis vous l'offrir;
S'il a quelques beautés, vous sûtes l'embellir.
Je ne vous donne rien, je ne puis que vous rendre[ [31].
CHAPITRE VI
1753
Correspondance de Tressan.—Passion désordonnée pour Mme de Boufflers.
Aussitôt de retour en Lorraine, Tressan, auquel l'absence a paru longue, s'empresse d'accourir à Lunéville et de voler aux pieds de la «divine marquise». Certes jusqu'à présent il n'a pas lieu de se louer du succès de ses efforts, mais la femme est changeante, Mme de Boufflers plus que toute autre; qui sait si un jour elle ne se laissera pas attendrir par un amour si persévérant.
Du reste, la marquise n'est pas toujours impitoyable; et par moments elle donne à son «mourant», pour emprunter la langue de Mlle de Scudéri, quelques lueurs d'espoir qui lui rendent un peu de vie. En dépit de ses railleries mordantes, elle s'intéresse à lui et quand elle le voit, absorbé par la passion, négliger tous ses intérêts, elle s'en inquiète et le force elle-même à montrer plus de souci de son avenir.