Les Engagements indiscrets furent joués le 26 octobre, pendant que la cour était à Fontainebleau. Mlle Guéant, comme ce n'était que trop facile à prévoir, s'acquitta fort mal du rôle qu'on lui avait confié, et pour comble de disgrâce Mlle Lamotte[ [29] fit en scène une chute qui faillit tout compromettre. Cependant la pièce reçut du public un accueil favorable, puisqu'elle eut cinq représentations, ce qui était un succès fort honorable.

La critique fut bienveillante: «Cette pièce est bien écrite, dit Fréron, et bien dialoguée; on y trouve des détails agréables, des traits ingénieux[ [30]

Cependant ce demi-succès fut loin de répondre à l'attente de l'auteur. Tressan, pour le consoler et pour dégager sa propre responsabilité, rejetait bien entendu toute la faute sur Mme de Graffigny; il allait même jusqu'à la soupçonner de jalousie littéraire. Il mandait à Panpan:

«Ce vendredi 1752.

«J'ai reçu il y a cinq jours la lettre du cher et aimable confrère Panpanius optimus et je suis parti sur-le-champ pour lui faire réponse moi-même...

«Il est vrai que Mme de Graffigny avec tout son esprit ne pouvait mieux s'y prendre pour vous faire une niche. Votre pièce s'est soutenue malgré la bêtise de la petite Guéant et la culbute et les soixante ans de la Lamotte.

«J'ose dire qu'il a fallu une éloquence aussi mâle et aussi pénétrante que la mienne pour vous raccommoder avec Mlle Gaussin. Elle connaissait le rôle, elle l'aimait, elle désirait le jouer et s'en faire un mérite auprès de vous, qu'elle aime déjà sur ma parole. On lui souffle ce rôle dans une absence, et de là elle a dit hautement qu'elle se promettait à l'avenir de refuser tous ceux qui ne lui plairaient pas. La petite d'Anchevolle est dans le même cas et a prononcé le même arrêt. Leur colère est flatteuse pour vous, puisqu'elle naît de leurs regrets.

«J'ai tout raccommodé, on ne s'en prend point à vous, et si vous voulez dans six mois ou un an faire reprendre votre pièce et n'avoir pas la bêtise (le mot est de Saint-Lambert) de la faire jouer pendant une absence, elles reprendront leurs rôles, et je m'en charge.

«Adieu, cher et aimable confrère, mettez-moi aux genoux des deux charmantes sœurs, et gardez-moi dans votre cœur où mes sentiments pour vous me mériteront toujours une place.»

Soit que Panpan ait pardonné le peu de zèle de Mme de Graffigny pour sa pièce, soit qu'en homme d'esprit il ait pris son parti gaîment d'un insuccès relatif, dès que sa comédie fut imprimée, il envoya un exemplaire à son amie avec cette dédicace flatteuse: