«Mme de Tressan vous fait mille tendres compliments, et moi, mon cher et aimable confrère, je vous embrasse et vous suis attaché avec une tendresse qui tient presque de l'amour.»

Dans le courant de la même année 1753, le 20 mars, Panpan avait eu la douleur de perdre son père. Entre autres qualités, le lecteur du Roi était un excellent fils, il adorait l'auteur de ses jours et il n'avait cessé de lui donner les marques du plus filial attachement; il ressentit de sa perte un chagrin profond. Seules les marques d'affection de Mme de Boufflers et de quelques amis fidèles purent apporter une atténuation à ses regrets.

Pendant le cours de l'année 1754 Tressan continua ses visites à Lunéville. Malgré ses infructueuses assiduités auprès de Mme de Boufflers, malgré les rigueurs qu'elle ne lui épargnait pas, ses séjours à la cour de Lorraine paraissaient délicieux au pauvre amoureux et il n'était jamais plus désolé que quand il lui fallait s'éloigner de celle qu'il adorait.

Un jour, après une semaine charmante passée à Lunéville, il écrit à Panpan:

«Toul, ce mercredi.

«Me voilà, mon cher Panpan, dans mon triste empire. Il me fait désirer d'être roi de la Côte d'Ivoire pour avoir le plaisir de vendre tous mes sujets.

«J'ai trouvé M. de Pimodan plus mort que jamais, Mme du Bosc plus bavarde, Mgr l'évêque plus douillettement emmitouflé, mes Suisses plus Suisses; ma seule consolation a été de trouver mon jardin fleuri, mais ces fleurs, en me faisant souvenir de Mme de Boufflers, ont bien vivement rappelé toute ma douleur d'être éloigné d'elle; dites-lui bien que son cabinet est un sanctuaire où mon cœur réside au milieu de vous tous. Je meurs de peur qu'elle n'aille le jucher à côté de ces magots si chers à la divine mignonne. J'aimerais bien mieux qu'elle lui permît de se cacher dans une de ses jolies mules couleur de rose, quoique je ne suis pas sûr cependant qu'il pût s'y loger...

«J'irai après-demain à Commercy passer deux jours, et il n'y a point de roquet qui fasse autant de tours et de petites gentillesses pour entrer dans la salle à manger, que j'en ferai pour me mettre en droit d'aller un moment à la Malgrange.

«J'ai encore reçu une lettre de M. de Belle-Isle qui me donne rendez-vous le 1er juin à Metz. J'ignore si j'irai à Sedan, mais je le crois. Tout cela mène bien loin, et surtout cela ne mène point au plaisir et aux pieds de la meilleure joueuse de volant qui soit en deçà du Gange. Les autres louanges sont trop communes, quoique personne ne les mérite comme elle, et d'ailleurs elles ont l'air de prétendre à quelque chose. Moi, misérable, à peine puis-je espérer d'être souffert; ce n'est plus qu'en tremblant que je lève ces tristes paupières qu'on ridiculise.

«Bonsoir, cher Panpan; au lieu de toucher, je sens que tout au plus je pourrai faire rire, et je ne veux plus qu'on aime mes lettres mieux que moi. Mettez-moi aux pieds de la divine Laurette, et gardez-moi dans votre cœur. Ce sont les deux places que je désirerais bien d'habiter, jusqu'au moment où je ne serai plus qu'une pauvre monade esseulée.