«Mettez trois ou quatre morceaux de papier dans votre tabatière et autant sur chaque manche, ou seulement un seul sur le corset de Mme de Boufflers, pour vous souvenir de demander à M. de Lomont la théorie des sentiments agréables de ce pauvre M. de Pouilly, qui ne fait plus de livres depuis qu'il ressemble à M. de Pimodan.»
Ce n'est pas seulement à Panpan que Tressan s'adresse pour avoir des nouvelles de la cour, dans ses moments de détresse morale, quand la vie de la province lui paraît par trop dure et trop amère; il n'hésite pas à porter ses doléances aux pieds de la divinité elle-même. Il n'ose certes espérer une réponse directe, mais ne peut-on lui faire écrire?
«Toul, avril 1754.
«Madame,
«Le Tressanius est inquiet de votre santé et, ne devant avoir l'honneur de vous voir qu'à la fin du mois, il vous supplie de lui faire donner de vos nouvelles.
«Je suis très étonné de me trouver le plus raisonnable de la ville de Toul. Notre saint évêque est plus parti que jamais pour ce pays où l'Arioste fait voyager Astolphe monté sur l'hippogriffe. Ma présence était très nécessaire pour remettre un peu d'ordre dans la ville. Enfin tout est calme et je jouis tristement de la langueur des événements qui se succèdent à Toul...
«J'espère, madame, avoir l'honneur de vous voir à la Malgrange, et je travaille à rétablir une chétive santé qui est encore très altérée.
«Je tousse toute la nuit et j'écris tout le jour. Je vois peu de monde, j'ai retrouvé mes livres, mon cabinet, mais je serais de bien mauvaise foi si je vous disais qu'ils me rendent heureux. Je regrette vingt fois le jour de n'être pas auprès de mon maître et de ne pouvoir vous faire ma cour.»
Le gouverneur de Toul saisit toutes les occasions de se rendre à Lunéville, dans cette cour adorable où il voudrait passer sa vie, mais il est souvent empêché et de fâcheux contretemps le retiennent à son grand désespoir. C'est au cher Panpanius qu'il confie ses plaintes et ses regrets:
«A Toul, ce 31 mai 1754.