«Je suis désemparé, mon cher et aimable Panpan, de ne point aller à Lunéville, mais, en vérité, il semble que les fées m'aient enguignonné: tantôt un officier de cavalerie fait une sottise, il faut que je la raccommode; toujours on en dit, et il faut que je les entende. Mille détails puérils, tenaces et fâcheux se succèdent les uns aux autres et le pauvre Tressanius reste cloué dans son triste Toul.
«Donnez-moi de vos nouvelles. J'espère que votre pauvre petite santé aura repris vigueur...
«J'attends une femme de mes amies qui arrive chez moi pour aller de là à Plombières. J'attends Mr l'évêque de Toul qui fera son entrée jeudi. Je ne peux aller que de dimanche en huit à Lunéville.
«Mandez-moi la marche du Roi et s'il vient à la Malgrange. Mettez-moi à ses pieds si vous en trouvez le moment. Mille respect à Mmes de Boufflers et de Bassompierre, et mille tendres compliments à MM. de Maillebois et de Lomont.
«Adieu, cher et aimable confrère; puissent les jours de congé se multiplier sans que vous toussiez... Je vous embrasse bien tendrement et vous suis attaché de même.»
Mais le pauvre Panpan est malade, fatigué, il se traîne misérablement. Des amis charitables, et qui ont beaucoup voyagé, lui ont recommandé un remède indien, le ségo, qui, paraît-il, fait merveille dans les cas de dépression physique. Panpan ne demanderait pas mieux que d'en faire usage; que ne ferait-on pas pour se guérir! Mais où trouver du ségo? A quelle porte frapper? Tressan est un savant, il doit tout connaître; c'est donc à lui que s'adresse le malade, et bien lui en prend.
Le gouverneur de Toul lui répond:
«A Toul, ce 14 novembre 1754.
«Oui, mon cher et aimable confrère, vous aurez du ségo. Je voudrais envoyer le pigeon Gasul pour le rapporter plus vite. J'écrirai demain à Boulogne, je prierai qu'on en envoye une livre sur-le-champ et par la poste, adressée à M. Alliot. Ayez soin de l'en prévenir. J'en demanderai une quantité honnête qui me viendra par les voitures publiques.
«Il serait indécent qu'un auguste membre de notre académie se guérît comme un imbécile par une nourriture dont il ignorerait la nature et l'histoire.