«Jugez donc quelles obligations je vous ai de m'avoir fait part d'un grand nombre d'exemplaires de tous ces écrits.

«J'ai satisfait à l'empressement de bien des personnes de mérite dans les académies. J'en ai remis à nos journalistes, je les ai vus, échauffés de zèle et d'admiration, se préparer à publier cet immortel événement.

«Quel attrait vous me présentez de me faire envisager la possibilité d'aller passer quelques jours avec vous, d'être plus rapproché du monarque que nous adorons!

«Ce ne peut être qu'un mouvement d'amitié qui ait pu vous inspirer. Le bonheur de voir souvent Sa Majesté sera votre récompense. Ma reconnaissance, cependant, et l'attachement que je vous ai voués, mon illustre confrère, n'en seront que plus vifs et plus durables. Je vous ferai part successivement de ce que m'écriront les personnes de marque à qui j'ai envoyé les ouvrages dont il s'agit...»

Le Père de Menoux, en persiflant, savait fort bien ce qu'il faisait, et il n'ignorait pas le cruel déboire qui menaçait son confrère académique.

Tressan, en récompense du rôle important qu'il avait joué le jour de la cérémonie, avait reçu du Roi une médaille d'argent. Quelles furent sa déception et sa colère en apprenant que le Père de Menoux avait reçu une médaille d'or!

C'est dans le sein de Panpan qu'il épanche sa bile, et dans des termes d'une bien amusante naïveté:

«Toul, 10 février 1756.

«Je ne peux me refuser au désir de vous envoyer une copie de la lettre que j'écris aujourd'hui à M. le chancelier. Je vous avoue que je suis indigné que le Roi ait fait donner une médaille d'or au Père de Menoux pour sa chanson de Pont-Neuf, et une à M. l'évêque de Toul pour une bénédiction qu'on ne lui demandait pas.

«Je crois sans vanité que, dans une cour où l'on aurait des oreilles et quelque goût, le discours que j'ai prononcé valait bien cette petite marque de distinction.