Stanislas ne se borna pas à faire de Nancy une des plus belles villes d'Europe; il consacra encore tous ses soins à Lunéville et à Commercy, dont il avait fait ses demeures de prédilection. Si ses devoirs de souverain l'obligeaient en effet à séjourner quelquefois à Nancy, son goût le ramenait toujours à Lunéville ou à Commercy.
Il s'ingénia, dès les premières années de son séjour, à embellir Lunéville et à en faire une résidence délicieuse.
Le château construit par Léopold lui plaisait fort et il y résidait avec bonheur. Un des grands charmes de cette demeure étaient les beaux jardins, le parc immense, les eaux superbes qui entouraient le château. Là, sans choquer personne, et sans se soucier du qu'en-dira-t-on, Stanislas pouvait donner libre cours à son penchant pour les constructions les plus fantaisistes.
Le bon roi n'avait pas toujours le goût très raffiné. Il avait rapporté de Turquie et de sa captivité à Bender la passion des minarets, des coupoles, des kiosques, des terrasses; enfin il affectionnait un style moitié turc, moitié chinois, recherché et bizarre, qui souvent n'était pas heureux.
Sous sa direction, les jardins de Lunéville se peuplent de petits cabinets, de grottes, de bassins, de rochers artificiels, de jets d'eau à l'infini. Des machines de son invention fournissent les eaux en abondance. Ces enfantillages font la joie du vieux roi et son plus grand plaisir est de les faire admirer aux étrangers qui visitent sa cour.
A peine installé à Lunéville, Stanislas commence les travaux. Chaque jour, la matinée est consacrée à son passe-temps favori; entouré de ses dix-sept architectes, peintres, sculpteurs, il examine les plans, décide les travaux, discute, ordonne, dirige lui-même la construction de ses palais, de ses maisons de campagne; il va sur place encourager les ouvriers, voir l'effet de ses combinaisons; il fait construire, démolir, reconstruire, et il dépense ainsi le plus clair de ses revenus.
Son premier soin est d'assainir les environs de sa résidence et de les embellir. Devant le château s'étend un long canal qui va jusqu'à Chanteheu, petit village peu éloigné de la ville. Tout autour du canal sont de vastes marécages. Stanislas, en peu de temps, et par d'habiles combinaisons, fait écouler les eaux et transforme en jardins charmants ce qui n'était qu'une étendue malsaine et nauséabonde.
Dans le parc, il fait construire huit pavillons composés d'une chambre, de trois cabinets et d'une petite cuisine. Chaque pavillon est entouré d'un ravissant jardin. Ces asiles champêtres sont destinés aux courtisans privilégiés; mais ils sont obligés d'y loger pendant la belle saison et d'offrir à dîner au prince une fois par mois. M. de la Galaizière qui, malgré tout, est fort bien en cour et que Stanislas cherche à amadouer, reçoit un de ces pavillons.
Mais ces cottages et les jardins qui les entourent ne suffisent pas à orner le parc au gré du roi. A gauche du château et en contre-bas de la terrasse, il fait élever à grands frais un rocher artificiel sur lequel se dresse tout un village avec des paysans en bois peint de grandeur naturelle. On y voit des maisons, un ermitage, un cabaret. Tous les personnages, il y en a trois cents, sont mis en mouvement au moyen de l'eau, et, lorsque ce vaste jouet fonctionne, c'est un remue-ménage général: des coqs chantent, des moutons paissent, des chèvres se battent, un chat poursuit un rat, un ivrogne boit et sa femme lui jette un seau d'eau par la fenêtre, un charretier bat ses chevaux, des scieurs de long travaillent, une femme file, une autre se balance sur une escarpolette, etc.[ [102].
En même temps qu'il s'amuse à orner son parc de ces puérilités, Stanislas couvre les environs de Lunéville de maisons de plaisance destinées à son usage personnel et d'une architecture aussi variée qu'étrange. Par contre, elles sont toutes délicieusement décorées à l'intérieur et meublées avec un goût parfait.