Bientôt l'on voit s'élever à la tête du grand canal un petit bâtiment à la chinoise que le roi surnomme le Kiosque. C'est là qu'il ira dîner et coucher pendant les grandes chaleurs de l'été.

A l'autre extrémité du canal, vis-à-vis l'aile du château, se dresse un pavillon à la turque, que l'on appelle le Trèfle, car il en a la forme. L'intérieur ne contient rien de particulier, si ce n'est, comble du raffinement, «un petit endroit pour une chaise percée».

Un quart de lieue plus loin se trouve une ferme appelée Jolivet. Stanislas la transforme et en fait un lieu de plaisance. Du premier étage, l'on jouit d'un superbe point de vue: d'abord, le château de Lunéville avec toutes ses dépendances; puis, plus loin, le château de Craon.

A Einville, à Chanteheu, encore des maisons de plaisance pour le monarque, avec des jardins admirables, des «ménageries[ [103]», des eaux jaillissantes, des cascades, etc.

Mais tous ces pavillons, tous ces rendez-vous de chasse, toutes ces fermes ne suffisent pas encore; Léopold a fait commencer un château à la Malgrange, près de Nancy: le roi de Pologne le fait démolir et en construit un nouveau beaucoup plus important, très agréable et où il passe la plus grande partie de l'été.

Stanislas fit également exécuter de grands travaux à Commercy; on se rappelle que la duchesse de Lorraine s'y était retirée en 1737 et qu'on lui avait laissé la jouissance du château sa vie durant. Après être restée en enfance pendant quelque temps elle mourut d'apoplexie le 27 décembre 1744. Le roi prit aussitôt possession du château qui devint une de ses résidences favorites.

Comme il y avait des eaux magnifiques, il en profita pour faire jeter sur le canal un pont, qu'on appela pont d'eau, parce que les parapets étaient chargés de quatorze colonnes sur lesquelles l'eau ruisselait sans cesse; la nuit, des lumières enfermées dans des globes de cristal éclairaient ce pont extraordinaire. Il fit également élever un kiosque dont les stores étaient formés de nappes d'eau très légères. Enfin à l'extrémité du canal on éleva un château d'eau d'où l'on découvrait une vue des plus étendues et des plus riantes. Des bassins immenses, avec des cygnes et d'élégantes galères, des cascades, des fontaines nombreuses faisaient des jardins de Commercy un séjour enchanteur.

Dans la vaste forêt qui avoisinait le château, le roi fit construire, près de la Fontaine Royale, un ravissant pavillon; c'est là que, pendant les grandes chaleurs de l'été, il conviait à goûter les jeunes et jolies dames de la cour.

Stanislas se prit d'une grande passion pour sa nouvelle résidence et il partagea bientôt tout son temps entre Lunéville et Commercy.

Le souci des biens terrestres ne faisait pas oublier au vieux monarque le soin de son salut. N'était-il pas juste que le Ciel eut sa part dans ces constructions et ces dépenses? Au besoin, le Père de Menoux se chargeait de le rappeler au roi. Aussi Stanislas fit-il élever à Nancy pour douze missionnaires jésuites une vaste et belle demeure que l'on appella la Mission. La chapelle était grande et on ne peut mieux ornée, les dortoirs et les réfectoires superbes. Il y avait des chambres pour les personnes pieuses qui désiraient faire des retraites. Stanislas s'y était réservé un fort bel appartement qu'il occupait de temps à autre. Chaque fois que le roi séjournait à la Mission, on y donnait des fêtes, on y jouait la comédie; les Pères jésuites chantaient des poèmes de leur composition, ils tiraient des feux d'artifice; bref ils s'ingéniaient de toutes façons à distraire leur hôte. C'est le Père de Menoux qui naturellement fut placé à la tête de cette fondation, qui avait coûté 800,000 livres. Chaque Père recevait 800 livres de rente annuelle et ils avaient en outre 12,000 livres d'aumônes à distribuer.