Elle est bien le type de la femme du dix-huitième siècle, indulgente aux faiblesses de la chair, et voulant à tout prix jouir de la vie, sans qu'aucun souci de châtiments futurs vienne lui gâter le très simple bonheur d'exister.

Elle s'était baptisée elle-même «la dame de volupté», et elle avait adopté et repris à son compte l'épitaphe de Mme de Verrue, qui lui convenait si bien:

Ci-gît, dans une paix profonde,

Cette dame de volupté

Qui, pour plus grande sûreté,

Fit son Paradis en ce monde.

Le fond du caractère de Mme de Boufflers était la gaieté, elle riait de tout. La vie à ses yeux n'était qu'une plaisanterie; aussi ne la prenait-elle pas au sérieux et agissait-elle en conséquence. «Sa gaieté était pour son âme un printemps perpétuel qui a duré jusqu'à son dernier jour.»

En somme, Mme de Boufflers n'a été ni meilleure ni pire que ses contemporaines; elle a été de son temps tout simplement.

Soyons donc indulgents pour elle et ne lui montrons pas une sévérité que ni sa famille, ni ses amis, ni personne à son époque ne lui ont témoignée. Elle a vécu toute sa vie honorée, considérée, entourée du respect de tous.

Et cependant, sa situation à la cour de Stanislas n'est pas douteuse. Elle est publique, connue de tous. Si sa mère eût eu mauvaise grâce à lui reprocher une liaison dont elle lui avait donné l'exemple, son frère, qui occupe dans le monde une si haute situation, aurait pu se montrer moins indulgent; non seulement il ferme les yeux, mais il accepte les faveurs de Stanislas, mais il est intimement lié toute sa vie avec des hommes qui, notoirement et à juste titre, passent pour avoir été du dernier bien avec la marquise.