Ainsi sont les mœurs du temps.
Ceci posé et bien entendu, poursuivons notre récit.
Nous avons dit que Mme de Boufflers avait eu des bontés pour le chancelier de Lorraine.
Quand Stanislas eut distingué Mme de Boufflers et marqué pour elle un goût très vif, la Galaizière, quelque dépit qu'il en pût éprouver, dut céder la place au monarque, et du premier passer au second rang; mais, en réalité, il ne changea pas grand'chose à ses relations avec la marquise. Stanislas l'avait trompé avec elle; il lui rendit la pareille, et voilà tout.
Le monarque connaissait-il son malheur? A n'en pas douter. Mais son expérience des hommes, et surtout des femmes, la philosophie dont il se piquait, l'engageaient à fermer les yeux sur les incartades de sa maîtresse.
En sollicitant les faveurs de Mme de Boufflers, Stanislas ne pouvait se faire illusion sur les dangers de la situation. D'abord il n'ignorait pas l'humeur volage de la dame et il ne pouvait s'imaginer qu'il parviendrait à la changer; puis, à cette époque, n'avait-il pas soixante-trois ans? L'ardeur des jeunes années avait fait place à un calme bien relatif. Comment, dans ces conditions, aurait-il montré une jalousie exagérée?
Il se bornait donc, le plus souvent, aux manifestations extérieures du culte; en public il comblait la marquise d'honneurs et d'attentions qui ne pouvaient laisser de doute sur la nature de leur intimité; mais, ceci fait, et les apparences sauvées, il ne se préoccupait pas outre mesure de la conduite de la jeune femme.
Que lui aurait servi de faire un éclat, de morigéner? Avec une autre, la situation n'aurait-elle pas été la même? Et quelle autre femme, mieux que Mme de Boufflers, aurait représenté; quelle autre aurait été plus aimable, plus spirituelle, plus instruite? Les procédés de la marquise n'étaient-ils pas charmants? Qui mieux qu'elle lui aurait donné l'illusion du bonheur, de l'amour partagé? Ne lui avait-elle pas adressé un jour ce quatrain qui avait plongé le vieux roi dans le ravissement:
De plaire, un jour, sans aimer, j'eus l'envie;
Je ne cherchai qu'un simple amusement;