Les deux voyageurs furent reçus avec de grandes démonstrations de joie et comblés d'attentions de toutes sortes. On les installa dans les plus beaux appartements du château. Mme du Châtelet fut logée au rez-de-chaussée, à côté du roi, dans les anciens appartements de la reine; les pièces étaient élevées, magnifiquement meublées, et donnaient sur les jardins. Voltaire occupait la partie du premier étage située à l'angle du palais, au-dessus des appartements de Stanislas. De sa chambre, la vue s'étendait superbe sur tous les environs; il voyait le canal, Chanteheu, Jolivet, etc. Un escalier intérieur le mettait en communication avec Mme du Châtelet, ce qui rendait les visites faciles et discrètes. Ainsi, les convenances étaient observées, et il n'y avait de gêne pour personne.
Par une déplorable coïncidence, Voltaire qui, dès son arrivée, entend bien se mettre en frais et charmer son hôte, tombe malade assez sérieusement, et la contrariété qu'il en éprouve le rend plus malade encore. Aussitôt, toute la cour est en émoi; Stanislas, bouleversé, envoie au philosophe son propre médecin et son apothicaire; il accourt lui-même au chevet du patient et lui prodigue toutes les attentions les plus délicates. «Il n'est personne qui ait plus soin de ses malades que le roi de Pologne, écrit Voltaire reconnaissant; on ne peut être meilleur homme.»
Enfin, le poète se rétablit, les alarmes s'apaisent, et à partir de ce moment commence pour la petite cour de Lunéville une vie d'agitation et de plaisirs, comme elle n'en a jamais connu encore. C'est une succession ininterrompue de fêtes, de spectacles, de soupers, de réjouissances de tous genres. Le roi tient à faire honneur aux illustres hôtes qu'il possède, et il n'est sorte de politesses qu'il n'imagine pour les distraire et les charmer.
Mme de Boufflers, la princesse de la Roche-sur-Yon, la princesse de Talmont, la duchesse Ossolinska, la comtesse de Lutzelbourg, Mme de Bassompierre, Mme Durival, Mme de Lenoncourt, Saint-Lambert, Panpan, Porquet, tous les familiers de la cour que nous connaissons, tous imitent l'exemple du souverain et se mettent en frais pour contribuer à l'agrément des nobles invités.
Ceux-ci ne se montrent pas en reste de grâces et d'amabilités.
Un jour, en se présentant chez le roi de Pologne, Voltaire lui offre un magnifique exemplaire de la Henriade avec ce quatrain:
Le Ciel, comme Henri, voulut vous éprouver:
La bonté, la valeur à tous deux fut commune;
Mais mon héros fit changer la fortune
Que votre vertu sut braver.