Ces visites nocturnes n'étaient pas toujours sans inconvénients ni danger. Une nuit Mme du Châtelet, au lieu de passer par l'orangerie, voulut prendre par les jardins; elle tomba dans un trou nouvellement creusé, et elle n'en sortit qu'à grande peine et fortement contusionnée; c'est par miracle qu'elle échappa à un affreux accident.

La présence du philosophe et de la marquise avait rendu à la cour de Stanislas toute sa gaieté et tout son entrain.

Bien que Voltaire soit arrivé à l'agonie et qu'il affirme que son état ne s'améliore pas, il est de toutes les fêtes, de tous les divertissements. On donne des concerts, des soupers, des spectacles. Mme du Châtelet, qui veut à tout prix plaire au roi de Pologne, se multiplie; elle joue toutes les pièces qui ont déjà été données à Sceaux. Elle représente avec succès la Femme qui a raison, le Double Veuvage, les opéras du Sylphe, de Zelindor. Mme de Boufflers, Mme de Lenoncourt, Mme de Lutzelbourg, M. de Rohan-Chabot, Panpan, Porquet, etc., Voltaire lui-même lui donnent la réplique. Ces représentations ont le plus grand succès: «On a de tout ici, hors du temps, écrit le philosophe. Il est vrai que les vingt-quatre heures ne sont pas de trop pour répéter deux ou trois opéras et autant de comédies.»

A la fin du Double Veuvage, Mme de Boufflers adresse au roi ces quelques vers de Saint-Lambert:

De la raison j'apprends l'usage,

Pour aimer vos vertus, pour respecter vos lois.

Je consacre à vous rendre hommage

Les premiers accents de ma voix.

Après la représentation de Zelindor, c'est à Mlle de la Roche-sur-Yon, qui est arrivée le 6 août, que Mme de Boufflers récite ce quatrain de Voltaire:

Princesse, dans ces lieux on vous répète encore