«Votre amour, les marques que j'en reçois, la manière dont vous l'exprimez, tout ce que vous m'écrivez, fait mon bonheur, et enflamme mon cœur... Il n'y a point de cœur comme le vôtre, ni d'amour qui ressemble à celui qui nous unit... J'ai trouvé le trésor pour lequel l'Évangile dit qu'il faut tout abandonner.»

Elle termine par cette phrase si tendre:

«Je remercie tous les jours de ma vie l'Amour de ce que vous m'aimez, et de ce que je vous aime; il me semble qu'un amour aussi tendre, aussi vrai, peut tout faire supporter, même l'absence.»

Saint-Lambert n'est pas en reste d'amabilité et de tendresse; à l'en croire, il se sent tellement emporté par sa passion, qu'il finit par en redouter les conséquences; il demande même à Mme du Châtelet de l'arrêter sur cette pente fatale et de lui apprendre à moins aimer:

«Eh! quoi, riposte-t-elle, c'est à moi que vous vous adressez, à moi à qui vous devez de connaître ce qu'on doit appeler aimer; en vérité, vous ne pouviez plus mal vous adresser.»

Mais, au fond, ravie de la confidence, elle ne cache pas à son ami les sentiments que plus que jamais elle éprouve pour lui:

«Désirez-vous que je vous aime avec toute la fureur, toute la folie, tout l'emportement dont je suis capable? Montrez-moi toujours autant d'amour qu'il y en a dans quelques endroits de vos lettres. Vous ne pouvez vous imaginer combien elles m'enflamment et quel amour les marques de votre passion excitent dans mon cœur. Tous mes sentiments sont durables, tout fait des traces profondes dans mon âme.

«Quand vous aimez, vous remplissez tous les sentiments de mon cœur, vous réalisez toutes mes chimères. Je ne crois pas qu'il fût possible de trouver un cœur aussi tendre, aussi appliqué, aussi passionné que le vôtre; mais il a souvent des disparates; s'il n'en avait pas, je crois que je partirais ce soir à pied, pour l'aller trouver. Peut-être m'aimerez-vous également quelque jour, et alors, je ne désirerai plus rien.»

Heureusement, quelque pénible que soit la séparation, on ne meurt pas pour une absence de quatre jours! On est déjà au samedi. Encore quarante-huit heures, et les heureux amants seront réunis! Mais hélas, on comptait sans Mme de Boufflers. Le samedi, dans l'après-midi, la changeante marquise, qui trouve la vie de Plombières fort agréable, annonce à son amie que ses projets sont changés, qu'elle est toujours souffrante, qu'elle renonce au voyage de Saverne et qu'elle ne partira pas le lundi, ainsi qu'il est convenu.

Laissons la divine Émilie annoncer elle-même cette désastreuse nouvelle: