—Madame, répondit un des assistants, Votre Majesté courrait grand risque d'être houssardée.

—Et vous, monsieur de Tressan, que feriez-vous?

—Je défendrais Votre Majesté au péril de ma vie.

—Mais si vos efforts étaient inutiles?

—Madame, il m'arriverait comme au chien qui défend le dîner de son maître; après l'avoir défendu de son mieux, il se laisse tenter d'en manger comme les autres.

La pieuse reine se contenta de rire de ce propos galant, mais fort irrévérencieux.

On avait donné à Tressan le surnom de «mouton» qu'il avait déjà chez Mme de Tencin; et, comme les femmes de la société de la reine avaient été surnommées «les saintes», on l'appela le «mouton des saintes».

Quand il faisait quelque escapade, quelque absence inexplicable, on lui infligeait comme pénitence de composer un cantique, une traduction de psaumes, ou quelque pièce de poésie pieuse.

Un jour que Tressan arrivait de l'armée après une campagne très périlleuse, la reine lui demanda:

—Eh bien! mon pauvre mouton, vous avez couru bien des dangers. Avez-vous un peu pensé à nous?