Mais toutes ces petites misères ne troublaient guère le philosophe. Il se sentait si bien soutenu et défendu par le roi qu'il riait tout le premier des absurdités qui se débitaient sur son compte. Il n'en contribuait pas moins avec Mme du Châtelet à faire de la cour de Lorraine la plus agréable des cours.
Certes, Mme de Boufflers, Mme du Châtelet, Voltaire étaient les étoiles de première grandeur qui resplendissaient à Lunéville; mais il y avait encore d'autres astres de moindre importance qui contribuaient pour une très large part à l'agrément de la vie de chaque jour.
Mmes de Talmont, de Lutzelbourg, de Bassompierre, de Lenoncourt, de Cambis, Alliot, Durival, Héré, etc., sont toutes pleines d'entrain et de gaieté et forment des réunions charmantes.
Panpan, Porquet, d'Adhémar, le chevalier de Listenay, M. de Rohan, etc., leur donnent la réplique; Panpan surtout est d'une inépuisable gaieté, il est le boute-en-train de la petite cour.
Depuis les malheurs immérités qui l'ont frappé, Panpan ne connaît plus d'obstacles; s'il ne quitte plus et pour cause les régions platoniques, il n'a pas renoncé au commerce des dames, bien au contraire; il ne s'en montre que plus aimable et plus empressé. Entre les dames de la cour et lui, c'est un échange incessant d'épîtres galantes, de cadeaux, de plaisanteries. Sans cesse il offre à ses belles amies des fêtes, des réunions, des soupers; mais bien entendu il n'est pas question de jalousie. Un jour, il les convie à souper en leur adressant ces quelques vers:
Il est permis à chaque dame
De m'amener son favori,
Quand ce serait même un mari.
Pour moi, qui suis à peu près femme,
Je crois qu'il m'est aussi permis