«Memnon m'a endormi bien agréablement, lui répond le monarque, et j'ai vu dans un profond sommeil que la sagesse n'est qu'un songe.»

Mais le roi ne veut pas être en reste de politesse avec son ami, il soumet à son appréciation un opuscule qu'il vient de terminer:

«Je vous envoie le Philosophe chrétien qui a été continué depuis votre départ. Memnon dira bien qu'il y a de la folie de vouloir être sage; mais, du moins, il est permis de se l'imaginer. Ce philosophe ne mérite pas un moment de votre temps perdu pour le parcourir, mais il connaît votre indulgence pour se présenter devant vous. Faites-lui donc grâce en faveur du bonheur qu'il cherche et que vous lui procurerez si vous le jugez digne de vous occuper un moment...» (5 février 1749.)

Stanislas envoya aussi le Philosophe chrétien à sa fille qui lui répondit que l'ouvrage était d'un athée, et qu'elle y reconnaissait la main de Voltaire. Ce dernier, auquel le propos fut rapporté, s'indignait fort d'être soupçonné de collaboration à un livre qui, disait-il, n'était pas écrit en français.

Entre Stanislas et Voltaire, c'est un échange perpétuel de bons procédés et de gracieux compliments, et comme les petits cadeaux entretiennent l'amitié, le philosophe fait envoyer à son confrère couronné quelques friandises du bon faiseur parisien.

«Nous mangeons vos bonbons tout notre saoul, écrit le prince reconnaissant; vos soins à nous les envoyer en font la plus agréable douceur.»

La marquise elle-même écrit souvent au monarque, et Stanislas lui répond très fidèlement. Il lui mande le 17 février 1749:

«Je vous rends mille grâces, ma chère marquise, du compte que vous me rendez de ce que vous faites. J'envie le bonheur de tous les lieux où vous vous trouvez. J'espère avoir le plaisir de vous rejoindre immédiatement après Pâques; Mme l'Infante m'en donnera le temps. Jusqu'à ce moment, le carême me deviendra bien mortifiant. J'ai réfléchi sur ce que M. d'Argenson[ [134] vous a dit. Si vous ne faites rien avant mon arrivée, je crois que la gloire me reviendra, quand j'y serai, d'effectuer ce qu'on vous a promis. Du moins, j'y emploierai tous mes soins et tout l'empressement que vous me connaissez pour tout ce qui vous intéresse. Soyez-en, je vous en conjure, persuadée, car, en vérité, je suis de tout mon cœur, votre très affectionné

«Stanislas.

«A M. de Voltaire