Et d'un malheureux enfant.
On ne sait précisément
Lequel des deux l'a ravie.
Sur ce funeste événement
Quelle opinion doit-on suivre?
Saint-Lambert s'en prend au livre!
Voltaire dit que c'est l'enfant.
Le désespoir de Voltaire était touchant; il restait sourd à toutes les consolations. C'est en vain que Stanislas allait passer de longues heures avec lui; c'est en vain que Mme de Boufflers s'efforçait de l'arracher à sa douleur, rien ne pouvait l'en distraire. Il avait toujours compté passer sa vie avec cette amie rare; jamais l'idée d'une séparation ne lui était venue! Que faire? Que devenir? Où aller? Les projets les plus étranges lui venaient à l'esprit. Tantôt il voulait se retirer à l'abbaye de Senones auprès de dom Calmet, et y passer le reste de ses jours; tantôt il voulait se retirer en Angleterre.
Enfin le roi et Mme de Boufflers, toujours pleins de bonté, l'emmenèrent à la Malgrange pour l'arracher à ses tristes souvenirs et lui rendre un peu de calme et de repos.
Là, tous deux l'entourèrent d'affection et de soins et ils firent tous leurs efforts pour le décider à rester près d'eux. Stanislas ne pouvait se faire à l'idée de perdre ce Voltaire qui, depuis deux ans, faisait la gloire, l'ornement et la joie de sa petite cour. Mais les instances pressantes du roi, les prières de Mme de Boufflers, tout fut inutile, malgré la certitude d'une existence paisible et heureuse, le philosophe ne put se résigner à vivre dans ces lieux où il venait de tant souffrir, où s'était éteinte celle qui avait été la compagne de sa vie et où tout la lui rappelait.