Après bien des hésitations, il se décida à regagner Paris et à reprendre sa vie errante. Auparavant, il voulut encore revoir une fois ce cher Cirey où il avait passé de si douces années; puis, il y avait des affaires d'intérêt à régler, sa bibliothèque à empaqueter, des meubles à emporter; bref, un véritable déménagement à opérer.
Il partit donc avec M. du Châtelet[ [144].
Les adieux avec Stanislas furent touchants; tous deux, très émus, se promirent un revoir prochain. Voltaire assura qu'il reviendrait, que son absence ne serait que de courte durée; mais au fond tous deux sentaient bien que la séparation était définitive.
Le philosophe ne fut pas seul à quitter la cour; Saint-Lambert suivit bientôt son exemple, mais pour des motifs différents. Il trouvait que Lunéville était un bien petit théâtre pour un poète de son envergure, et il profita de la célébrité que lui donnaient ses aventures avec la divine Émilie pour affronter la scène parisienne, la seule qu'il jugeât digne de ses mérites.
Ainsi se trouva brisée par la mort de Mme du Châtelet cette intimité charmante qui faisait le bonheur du roi Stanislas; ainsi se trouvèrent dispersés ces personnages qui avaient contribué à donner à la petite cour tant de célébrité et de renom.
Heureusement pour le roi de Pologne, Mme de Boufflers ne l'abandonna pas; elle demeura fidèlement auprès de lui jusqu'à sa mort.
Nous verrons dans un prochain volume ce qu'il advint de la cour de Lorraine pendant les dernières années du roi Stanislas et aussi quel fut le sort de Mme de Boufflers. La charmante femme eut l'art de rester ce qu'elle avait toujours été, aimable et séduisante, et, en dépit de l'âge qui avançait, elle continua à inspirer des passions tout aussi vives et violentes que dans ses jeunes années.
FIN