La petit cour de Meudon attirait naturellement tous les Lorrains qui résidaient à Paris; Stanislas, désireux de se faire accepter, se montrait charmant pour ses futurs sujets et les comblait de politesses. C'est ainsi que Mme du Châtelet, qui devait jouer un grand rôle dans la vie du roi, fut invitée à venir faire sa cour. Le roi l'apprécia à sa juste valeur et il conserva de la jeune femme et des agréments de son esprit un souvenir très vif.

Stanislas était un prince éclairé, instruit; de plus il était doué de la souplesse inhérente à la race polonaise. Il s'efforça de dépouiller la rude écorce de l'homme du Nord et d'adopter les mœurs raffinées et polies de la cour de Versailles. On raconte qu'à un souper, ayant entendu chanter Mlle Lemaure, il lui fit présent d'un gros diamant qu'il avait au doigt. Cette galanterie fit merveille parmi les courtisans et valut aussitôt à Stanislas la réputation d'un prince fort civilisé. Il sut également profiter des loisirs que lui imposait la politique pour s'adonner à l'étude de la littérature française, et il se lia pendant son séjour à Meudon avec les auteurs célèbres qui vivaient à Paris.

Le traité qui attribuait les duchés de Bar et de Lorraine au roi Stanislas et les réunissait définitivement à la France fut signé le 15 février 1737[ [29].

Déjà le duc François n'habitait plus la Lorraine; l'année précédente, il avait confié la régence à sa mère et il était parti pour Vienne où il avait épousé l'archiduchesse Marie-Thérèse.

Qu'allait devenir la duchesse de Lorraine? Elle pouvait fixer sa résidence soit à Vienne, soit à Bruxelles où ses fils l'appelaient. Elle ne le voulut pas. Elle déclara qu'elle était «trop vieille pour apprendre l'allemand», et que là où elle avait vécu et souffert, là aussi elle voulait mourir.

Elle aurait désiré rester à Lunéville; mais c'était la seule résidence qui fût alors en état de loger le roi de Pologne. Par égard pour sa situation, Louis XV lui offrit de lui céder sa vie durant le château de Commercy qu'avait autrefois habité le cardinal de Retz; elle accepta.

Avant de quitter pour jamais Lunéville, la duchesse reçut la visite du prince de Carignan, ambassadeur du roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel III; il était chargé de demander au nom de son maître la main d'Élisabeth-Thérèse, l'aînée des princesses lorraines. La cérémonie des fiançailles eut lieu le 5 mars 1737.

Le lendemain, de grand matin, la régente et ses deux filles quittaient le palais de leurs ancêtres, le visage baigné de larmes et contenant avec peine la douleur qui leur étreignait le cœur. Ces regrets étaient partagés par la population entière. Au dehors, en effet, une foule immense était rassemblée; la désolation était générale: on ne voyait que visages en pleurs, on n'entendait que des sanglots. Il y avait sept siècles que la même maison régnait sur les Lorrains; elle en était adorée.

Quand les carrosses se mirent en mouvement, la foule se précipita au-devant des chevaux pour les empêcher d'avancer et garder quelques minutes encore cette famille bien-aimée.

En même temps que la consternation et l'horreur régnaient à Lunéville, les habitants de la campagne accouraient en foule sur la route que devaient parcourir les princesses; prosternés à genoux, ils tendaient vers les carrosses des bras suppliants et demandaient en grâce à la famille royale de ne pas les abandonner.