Le cortège mit cinq heures à parcourir la première lieue.
L'ambassadeur de Sardaigne, ému par ces démonstrations, écrivait à son maître: «Une journée si affreuse est bien faite pour donner une idée du jugement dernier!»
L'on n'arriva que fort tard dans la soirée au château d'Haroué, magnifique résidence qui appartenait au prince de Craon[ [30], et que Mme de Craon avait mis gracieusement à la disposition de la régente.
Pourquoi la princesse avait-elle accepté l'invitation de sa rivale détestée? Nous l'ignorons. Avait-elle pardonné? Avait-elle voulu sauver les apparences? Toujours est-il qu'elle résida à Haroué avec ses filles jusqu'à ce que le château de Commercy fût en état de la recevoir. Du reste M. et Mme de Craon avaient quitté le château en apprenant que la Régente arrivait accompagnée de Mme de Richelieu dont le mari, deux ans auparavant, avait tué en duel M. de Lixin, le propre gendre des Craon.
C'est à Haroué que les princesses de Lorraine passèrent les dernières heures qu'il leur fut donné de vivre ensemble. Le 14 mars, la future reine de Sardaigne prenait la route de ses nouveaux États; sa sœur, la princesse Charlotte, se rendait à l'abbaye de Remiremont dont elle allait, l'année suivante, devenir abbesse[ [31], et la duchesse se dirigeait tristement vers la résidence de Commercy qu'elle ne devait plus quitter. Elle allait y finir ses jours dans l'isolement et l'oubli.
CHAPITRE III
(1737-1740)
Déclaration de Meudon.—M. de la Galaizière est nommé intendant de Lorraine.—Son arrivée à Nancy.—Arrivée de Stanislas et de la reine Opalinska.—Froideur de la population.—Grande réserve de la noblesse.—Le roi s'entoure de ses amis polonais.—Austérité de la reine.—Goût du roi pour le beau sexe.—Scandales de la cour de Lunéville.
Par le traité de 1735 il était formellement stipulé qu'à la mort de Stanislas les duchés de Lorraine feraient retour à la France.
Sur les instances de son gendre, le roi de Pologne consentit à signer, le 30 septembre 1736, la déclaration de Meudon.