Ce Roi qui ne l'est que de nom
Monseigneur de la Galaizière[ [37]
Les Lorrains se laissaient même volontiers aller à manifester leurs sentiments publiquement.
On raconte qu'un jour Stanislas et la reine traversaient en carrosse la place du marché de Nancy; ils furent fort mal accueillis et même poursuivis par les quolibets de la foule. La reine, indignée, voulait faire rechercher les coupables: «Laissez-les dire, lui répondit sagement Stanislas. Je veux leur faire tant de bien qu'ils me pleureront encore plus que leurs anciens princes.»
C'étaient particulièrement les paysans qui se montraient les plus récalcitrants; dans les campagnes s'élevaient fréquemment des rixes avec les soldats français.
Dans les villes, surtout dans celles où résidait la cour, l'antipathie ne fut pas de très longue durée. Quand on vit que la présence de Stanislas et des seigneurs de sa suite amenait le mouvement, l'animation, les fêtes, on se réjouit malgré tout de voir reprendre les affaires, et on cessa bientôt de garder rigueur à un régime si favorable à la prospérité des commerçants.
Quelle était l'attitude des nobles lorrains, et comment acceptaient-ils le nouveau régime?
A la suite du changement de dynastie, la noblesse lorraine s'était divisée. Les uns n'avaient pas voulu changer de maître et avaient suivi à Vienne la dynastie nationale. Les autres, escomptant l'avenir, s'étaient tout de suite tournés vers la France. D'autres, plus éclectiques, s'étaient tournés des deux côtés à la fois; ainsi, le marquis de Choiseul-Stainville, par un équitable partage, avait fait entrer son fils aîné dans l'armée française, le second dans l'armée autrichienne.
Quant à la noblesse restée dans le pays, les uns s'étaient précipités au-devant du soleil levant, au point de soulever l'écœurement de l'ancien duc François; les autres, la majorité, se tinrent d'abord assez à l'écart. Dans l'espoir de les rallier tous plus aisément, Stanislas leur distribua libéralement les charges de la nouvelle cour. Au nombre de ses chambellans, il compte bientôt les marquis de Choiseul, du Châtelet, de Rougey; les comtes de Ludres, de Nettancourt, de Sainte-Croix, de Brassac, d'Hunolstein, etc. Le comte de Béthune est grand chambellan, le comte d'Haussonville grand louvetier, le marquis de Custine grand écuyer; le marquis de Lambertye commande les gardes du corps[ [38].
Ajoutez une foule de chambellans d'honneur; de gentilshommes pour la chambre, pour la table, pour la chasse; de pages, etc., etc.