Le comte de Thianges, celui qui avait accepté de jouer le rôle du roi quand Stanislas avait cherché, en 1733, à reconquérir le trône de Pologne, eut la charge de grand veneur; il fut chargé de toutes les chasses et de l'équipage pour le cerf, tant des chiens que des chevaux[ [40].

Le roi ayant fondé une école pour quarante-huit cadets, la moitié des places fut réservée aux enfants de ses fidèles Polonais.

Dans son zèle de reconnaissance, Stanislas émit même la prétention de nommer, à Remiremont et à Poussay, des chanoinesses polonaises; mais cette prétention souleva un beau tapage dans les illustres chapitres, et le roi dut s'empresser de renoncer à son idée.

Si ces nominations donnaient satisfaction au besoin de reconnaissance du monarque, elles déplurent à la noblesse lorraine. On s'étonna, non sans raison, de voir les plus belles charges de la cour attribuées à des étrangers, au détriment de ceux qui avaient tous les droits possibles de les remplir. Ce fut une raison de plus de bouder le nouveau régime.

Composée presque exclusivement de ces Polonais batailleurs, querelleurs, aux mœurs encore brutales, violentes, presque sauvages, la cour de Lorraine, au début, fut loin de ressembler à ce qu'elle avait été sous Léopold, et rien ne pouvait faire prévoir alors le lustre et l'éclat dont elle devait briller quelques années plus tard.

Moins encore peut-être que les courtisans polonais du roi, la reine Opalinska n'était pas faite pour donner à la cour du charme et de l'agrément.

Issue du sang des Piast, simples paysans devenus rois, Catherine Opalinska avait été mariée à quinze ans[ [41] à Stanislas qui n'en avait que dix-huit.

C'était une femme excellente, pieuse, généreuse, bienfaisante, ayant sans cesse la main ouverte à toutes les infortunes; mais elle était d'une piété rigide, et l'austérité de ses mœurs était extrême.

Elle pratiquait l'humilité, lavait les pieds des pauvres à certaines grandes fêtes de l'année, portait elle-même ses aumônes; enfin, elle donnait l'exemple des plus rares vertus.

Elle ne se bornait pas aux pratiques intimes de la piété; elle aimait les cérémonies extérieures de l'Église. En 1739, au moment de la grande mission, on la vit suivre avec ponctualité tous les exercices; on la vit avec le roi, un flambeau à la main, renouveler les promesses du baptême, visiter le calvaire, suivre les processions. Vingt mille spectateurs fondaient en larmes à ce spectacle.