Pour tous, elle était un objet de vénération, mais aussi de crainte. Stanislas lui-même la redoutait. Quand il accordait quelque grâce pour laquelle il n'était pas certain de son agrément, il disait: «Surtout, n'en parlez pas à la reine.»
Les personnes appelées à vivre dans son intimité se plaignaient souvent de l'inégalité de son humeur. Sa santé délicate contribuait encore à la rendre morose, sévère; quelques-uns disaient même acariâtre.
La reine du reste détestait la Lorraine et elle caressa toujours le secret espoir de retourner finir ses jours en Pologne. Tout lui déplaisait à Lunéville, le château, l'eau, l'air, par-dessus tout les habitants, et elle ne dissimulait pas ses sentiments; aussi était-elle peu aimée.
On peut aisément supposer que la cour de Lorraine serait rapidement devenue une cour des plus tristes si Catherine avait pu la diriger à sa guise. Mais Stanislas était loin de partager les goûts d'austérité de sa femme et, tout en étant lui-même profondément religieux, il aimait la gaieté, le plaisir, voire même le beau sexe.
Il éprouvait même pour lui un attrait tout particulier et ses cinquante-cinq ans bien sonnés ne l'empêchaient pas de lui rendre des hommages empressés.
C'est le seul point sur lequel la reine Opalinska n'eut pas gain de cause; ses colères, ses indignations, ses anathèmes laissaient le roi fort indifférent, et il ne se montrait pas moins friand de «ses petites peccadilles», comme il appelait ses infidélités.
L'exemple donné par Stanislas sera naturellement suivi par les courtisans; l'on jouira à la cour de Lunéville d'une grande indépendance morale. Il y aura bien des intrigues, bien des maris trompés, souvent bien des scandales et des éclats.
Quand il arriva en Lorraine, Stanislas traînait à sa suite, comme favorite, la duchesse Ossolinska[ [42], sa cousine germaine; il avait éprouvé pour elle des sentiments très vifs. C'est grâce à ces sentiments que le duc, le mari, auquel, de toute justice, le roi devait bien une compensation, avait été nommé grand maître de la nouvelle cour.
La liaison de Stanislas avec sa cousine durait déjà depuis assez longtemps et, bien que le roi commençât à se lasser, elle subsista, avec quelques passades, pendant les premières années du séjour à Lunéville.
La duchesse Ossolinska avait une sœur, la belle comtesse Jablonowska, palatine de Russie. Stanislas passait également pour n'avoir pas été insensible à ses charmes et il l'avait comblée de faveurs. Puis la comtesse s'était attachée au chevalier de Wiltz, un des plus fidèles Polonais du roi, et elle l'aimait avec tant de passion qu'elle lui pardonnait même ses infidélités. Leur liaison n'était un mystère pour personne.