Le duc de Bourbon avait remarqué la comtesse pendant le séjour de Stanislas à Meudon, et il avait eu un instant l'idée de l'épouser; mais, quand il connut sa liaison avec Wiltz, il y renonça.
Le prince de Châtellerault-Talmont eut plus de confiance en lui, ou en elle, si on préfère, et il en fit sa femme, mais à la condition qu'elle ne reverrait jamais le chevalier; la comtesse promit tout ce qu'on voulut, et, quand elle fut princesse de Talmont, elle reprit paisiblement ses relations avec de Wiltz comme par le passé[ [43].
Mme du Deffant a tracé d'elle ce portrait mordant:
«Mme de Talmont a de la beauté et de l'esprit... Sa conversation est facile et a tout l'agrément et toute la légèreté français. Sa figure même n'est point étrangère; elle est distinguée sans être singulière. Un seul point la sépare des mœurs, des usages et du caractère de notre nation, c'est sa vanité... Elle se croit parfaite, elle le dit et elle veut qu'on la croie... Son humeur est excessive... elle ne sait jamais ce qu'elle désire, ce qu'elle craint, ce qu'elle hait, ce qu'elle aime.... L'heure de sa toilette, de ses repas, de ses visites, tout est marqué au coin de la bizarrerie et du caprice... Elle est crainte et haïe de tous ceux qui sont forcés de vivre avec elle.... L'agrément de sa figure, la coquetterie qu'elle a dans les manières séduisent beaucoup de gens, mais les impressions qu'elle fait ne sont pas durables.... Cependant, parmi tant de défauts, elle a de grandes qualités... Enfin, c'est un mélange de tant de bien et de tant de mal, que l'on ne saurait avoir pour elle aucun sentiment bien décidé: elle plaît, elle choque, on l'aime, on la hait, on la cherche, on l'évite.»
La princesse et le chevalier s'étaient empressés d'accompagner Stanislas à Lunéville, et Wiltz avait été nommé colonel du régiment de cavalerie du roi.
Le prince de Talmont lui aussi avait cru devoir suivre sa femme, mais il n'était pas assez aveugle pour ne pas s'apercevoir qu'elle avait repris avec Wiltz les habitudes anciennes. Contrairement aux usages du temps, il en montra beaucoup de mauvaise humeur, tant et si bien qu'il cherchait partout l'occasion de provoquer son rival. Une querelle s'éleva un jour entre eux dans le propre palais du roi; sans respect pour le lieu, et malgré les efforts des assistants, ils tirèrent l'épée, cherchant à s'entr'égorger. On courut chercher Stanislas qui eut toutes les peines du monde à les séparer.
Mais, à la suite de ce scandale, le prince de Talmont quitta la Lorraine, et il retourna se fixer à Paris en déclarant qu'il ne reverrait jamais sa femme.
Bientôt, tout s'arrangea pour le mieux, car le chevalier de Wiltz eut l'à-propos de mourir en 1738[ [44]. C'était le cas où jamais de raccommoder deux époux que séparait un simple malentendu. Sollicité par la duchesse Ossolinska, Stanislas fit agir le confesseur de M. de Talmont. Cet excellent jésuite persuada facilement à son pénitent qu'il était de son devoir de retourner vivre avec sa femme, au moins sous le même toit, pour la plus grande édification du prochain. C'est ce qui eut lieu en effet. Comme récompense et par un juste retour des choses de ce monde, le roi donna à M. de Talmont le régiment du chevalier de Wiltz[ [45].
Un autre scandale, et non des moindres, fut causé par le comte de Salm, rhingrave du Rhin. Étant venu faire un long séjour à Lunéville, il courtisa les femmes de la cour, en compromit plusieurs; puis, tout à coup, s'amouracha de Mme de Lambertye, chanoinesse de Remiremont, qui se trouvait à ce moment chez sa mère. La chanoinesse ne se montra pas trop cruelle et elle répondit à la passion du comte; mais les jeunes gens furent imprudents; la mère, prévenue, par une amie délaissée, des rendez-vous amoureux de sa fille, fouilla dans ses papiers et trouva la correspondance des deux amants. Outrée de colère, «elle rossa d'abord d'importance» la chanoinesse, puis elle mit le rhingrave en demeure de l'épouser. Mais ce dernier répondit avec désinvolture qu'il était déjà engagé avec la fille du prince de Horn, et il partit aussitôt pour les Flandres. On étouffa l'histoire et l'on s'empressa de marier la coupable au neveu de l'abbé de Saint Pierre.
Les chapitres nobles de Lorraine faisaient du reste beaucoup trop souvent parler d'eux. Les chanoinesses vivaient fort librement et il éclatait des scandales qu'il était difficile d'étouffer complètement[ [46].