Le frère de Mme de Boufflers, le prince de Beauvau, est plus favorisé encore. Stanislas désirant avoir un régiment de gardes, il leva ce régiment en Lorraine; les officiers furent choisis dans la noblesse de la province et le corps attaché au service de France[ [49]. C'est le jeune marquis de Beauvau qui en fut nommé colonel; mais comme il était à peine âgé de vingt ans et qu'il n'avait encore jamais servi, on lui donna, pour colonel en second, M. de Montcamp, qui fut chargé de le former[ [50].
Ce n'était pas encore assez.
Le 8 avril 1739 Louis XV, à la sollicitation de Stanislas, envoie à M. de Craon et à son frère des lettres patentes ainsi conçues: «Considérant que le marquis de Beauvau, mestre de camp, colonel du régiment de la Reine, et le prince de Craon, viennent de la même tige que Isabeau de Bavière, 8e ayeule de S. M., elle les autorise, ainsi que leurs enfants nés ou à naître en légitime mariage, à prendre le titre de cousins de S. M., dans tous les actes, etc., et S. M. leur écrira de même.»
Enfin en 1742 le roi de Pologne, qui ne cesse de s'occuper de la famille de Beauvau, écrit au cardinal de Fleury pour solliciter l'abbaye de Saint-Pierre à Metz, en faveur de Mme de Beauvau, chanoinesse de Remiremont. «Tout ce que je puis dire par une parfaite connaissance de cause, écrit-il, c'est que c'est une dame très respectable par toutes ses belles qualités, et comme on ne vous gagne que par la vertu, je suis persuadé que vous aurez égard à la sienne.»
CHAPITRE IV
(1735-1740)
Société littéraire de Lunéville: Mme de Graffigny, Devau, Saint-Lambert, Desmarets.
Abandonnons un instant Stanislas pendant qu'il organise peu à peu sa cour et qu'il cherche à s'acclimater en Lorraine et faisons connaissance avec quelques personnages de la petite cité de Lunéville. Ces personnages vont jouer bientôt un rôle si important, nous allons si bien les retrouver presque à chaque page de notre récit, qu'il est indispensable de les présenter au lecteur avec quelques détails.
Sous le règne du duc Léopold, Lunéville n'avait pas été seulement une cour galante, mais aussi une cour littéraire et savante. On se piquait d'y cultiver les sciences et les lettres.
Si l'avènement de Stanislas amena à la cour de Lorraine des esprits plus batailleurs que littéraires, dans la ville même on continuait à compter nombre d'esprits cultivés qui s'occupaient de littérature avec succès.