Stanislas était très ému de cette situation. Il reçut un jour la visite de MM. de Raigecourt et d'Haussonville qui l'assurèrent que Fleury désavouait hautement tout ce qui se faisait; ils reprochèrent au roi d'opprimer la noblesse: «Le blâme en retombera sur votre règne, lui dirent-ils; il sera à jamais en exécration à la nation[ [66]».

Le malheureux Stanislas, à la suite de cette entrevue, resta dans une agitation terrible et il ne put fermer l'œil de la nuit. Dès la première heure, il fit appeler la Galaizière; mais ce dernier le rassura complètement en lui montrant les lettres approbatives du cardinal: «Je respire, lui dit le roi. Je vois bien qu'on ne cherche qu'à vous rendre la victime de tout ceci; mais, puisque vous êtes approuvé de Son Eminence, je vous soutiendrai[ [67]».

A ce moment survint un événement inattendu qui vint mettre à néant toutes les espérances de la noblesse lorraine.

L'empereur Charles VI mourut. La France refusa de laisser exécuter la Pragmatique sanction qu'elle-même avait acceptée, et la guerre commença entre la France et l'Empire.

La situation était des plus graves. Si les Lorrains s'étaient résignés, en apparence, au nouvel ordre de choses, la plupart étaient prêts, à la première occasion favorable, à secouer le joug qui pesait si lourdement sur eux.

Ce n'était pas le moment, dans cette période incertaine et troublée, d'écouter les doléances de la noblesse et d'ébranler le pouvoir de M. de la Galaizière. Aussi la cour de France s'empressa-t-elle d'approuver tous ses actes et de le confirmer dans son autorité souveraine.

La France se conduisit en Lorraine comme en pays conquis. Non seulement elle leva dans le pays de nombreux régiments qui furent incorporés dans l'armée française, mais elle accabla d'impôts de tous genres les sujets de Stanislas; on les contraignit à fournir d'immenses approvisionnements pour les armées; on leur fit payer par deux fois l'impôt du vingtième, bien que la Lorraine, de l'aveu de tous, dût en être exemptée puisqu'elle ne faisait pas encore partie du royaume de France, etc.

Ces exactions véritables surexcitèrent encore davantage les habitants des deux duchés; tous faisaient des vœux pour le succès des armes de Marie-Thérèse.

En 1743, les Autrichiens, sous les ordres de Charles de Lorraine, frère de François III, s'approchèrent de la frontière de l'est du côté de la Sarre. L'effroi fut grand à la cour de Lunéville quand le prince annonça publiquement qu'il allait pénétrer dans les anciens États de son frère, aider les populations à secouer le joug qui les opprimait et les rendre à leur ancienne dynastie.

A Lunéville, on s'empressa d'armer les remparts, de creuser des fossés, enfin de mettre la ville en état de résister à un coup de main. Douze pièces de canon, qui étaient dans les bosquets, furent placées devant la grille du château. On faisait des patrouilles dans les rues et l'on arrêtait volontiers les bourgeois attardés. L'émotion était à son comble.