La reine Catherine, effrayée, ne voulut pas s'exposer à soutenir un siège; elle se réfugia à Nancy et descendit chez l'abbé de Choiseul, en attendant que le château qui n'avait pas été habité depuis longtemps fût en état de la recevoir. Le roi de Pologne vint la rejoindre peu de temps après (août 1743).
Heureusement, l'alarme fut de courte durée; à l'automne, Stanislas qui s'ennuyait à Nancy put rentrer à Lunéville.
Mais, au printemps de 1744, la situation s'aggrava de nouveau et devint même plus critique encore. Un chef d'aventuriers croates, le baron de Mentzel, publia une proclamation où il annonçait aux Lorrains son arrivée prochaine, et où il les menaçait de livrer leur pays au pillage s'ils ne se déclaraient immédiatement pour leurs anciens souverains.
Ces menaces étaient superflues. Les troupes autrichiennes n'avaient qu'à se montrer pour qu'une formidable insurrection éclatât en Lorraine.
La noblesse n'était pas moins mal disposée que le peuple. Une lettre de M. de la Galaizière à Fleury indique bien ses sentiments. Voici ce que le chancelier écrivait à propos du marquis et de l'abbé de Raigecourt dont les propos violents contre le gouvernement de Stanislas avaient fait scandale:
«Vous paraissez surpris de ce qu'ayant l'un et l'autre des bienfaits du roi, ils ne sont rien moins qu'affectionnés à son service; mais tel est le caractère du gros de cette nation; les bienfaits qu'elle désire avec plus d'ardeur qu'une autre, qu'elle recherche quelquefois même avec bassesse, ne l'attachent point; j'en fais depuis longtemps l'expérience; la reconnaissance n'est pas la qualité dominante dans cette province... Si on voulait punir MM. de Raigecourt, il faudrait étendre le remède à bien d'autres sujets de pareille étoffe.»
Avec un entourage aussi suspect, Stanislas ne vit qu'à demi rassuré et ses jours s'écoulent dans les transes. A la moindre victoire, il proclame que l'armée française est «composée d'autant de héros que de soldats»; à la moindre défaite, «il s'en remet à la Providence» et prépare en hâte ses paquets.
Au printemps de 1744, le roi et toute la cour s'installent à la Malgrange, près de Nancy, d'où il était plus facile de s'enfuir sans faire d'éclat. L'on y vivait dans une tranquillité relative, attendant toujours d'heureuses nouvelles qui n'arrivaient pas, lorsque tout à coup, le 3 juillet, le roi apprend par un courrier du maréchal de Coigny que le prince Charles a passé le Rhin à Spire, à la tête de 80,000 hommes. Il en reste si «étourdi» qu'à son ordinaire il s'en «remet à la Providence».
Le 6, un autre courrier apporte la nouvelle que les ennemis se sont emparés des lignes de Wissembourg. Les troupes françaises ont été partout repoussées. La situation est si menaçante que le maréchal de Belle-Isle prévient Stanislas qu'il ne répond plus de sa sécurité.
Le courrier arrive à minuit et est reçu par le duc Ossolinski. On réveille aussitôt le roi et on commence sans plus tarder les préparatifs de départ. La terreur était générale, tout le monde était convaincu que les duchés envahis allaient échapper à la France.