Le jour même, à trois heures de l'après-midi, la reine Opalinska prenait la fuite, accompagnée de Mmes de Linanges et de Choiseul; elle allait chercher un refuge à Meudon. Stanislas, auquel l'âge et la douceur de sa nouvelle vie avaient enlevé le goût des aventures, voulait à tout prix l'accompagner; mais M. de la Galaizière s'y opposa et il le supplia de ne pas donner lui-même le signal du découragement. Tout ce qu'il put obtenir, c'est que le roi chercherait un abri derrière les murs de Metz.

Le soir même, en effet, le souverain terrorisé quittait la Malgrange et, après avoir voyagé toute la nuit, allait s'enfermer dans la citadelle de Metz avec son trésor et quelques courtisans.

Un seul homme se montra à la hauteur des circonstances et ne perdit pas la tête au milieu de l'affolement général: ce fut M. de la Galaizière.

Seul, sans ordres, sans appui, sans armée, abandonné par ceux qui auraient dû le seconder et partager ses dangers, il n'hésita pas à prendre toutes les mesures que commandait la gravité des circonstances. Il fit face à tout et s'arrangea de façon à pouvoir attendre les secours qu'il avait demandés en toute hâte.

Il groupa à la hâte quelques milices lorraines, enrégimenta les ouvriers des salines et les répartit dans les quelques régiments qui lui restaient de façon à s'assurer de leur fidélité. Tous les passages de montagne furent occupés; des fortifications en terre, des abatis d'arbres élevés sans perdre une minute de tous côtés; bref, en quelques jours, grâce au zèle et à l'activité prodigieuse de son chancelier, la Lorraine fut à l'abri d'un coup de main et préservée des incursions des coureurs ennemis.

La promptitude et l'énergie de ces mesures sauvèrent le pays.

A la nouvelle de l'invasion de la Lorraine Louis XV, qui était en Flandre avec l'armée, accourut pour porter secours au maréchal de Coigny.

Un événement imprévu vint fort à propos modifier complètement la situation. Le roi de Prusse envahit la Bohême, et le prince Charles fut obligé de repasser le Rhin en toute hâte pour aller défendre le territoire de Marie-Thérèse.

La Lorraine était sauvée. Stanislas, remis de son effroi, rentra dans ses États.

A peine était-il réinstallé à Lunéville qu'il apprit que son gendre, en arrivant à Metz, était tombé gravement malade. On connaît les détails de la maladie du roi, sa conversion, le renvoi de Mme de Châteauroux, l'arrivée en toute hâte de Marie Leczinska et du dauphin.