Pendant que ces événements se déroulaient en Lorraine, Mme de Boufflers avait poursuivi à Paris le cours de ses succès mondains; elle s'était initiée à la société parisienne la plus séduisante et la plus raffinée et, par le charme de son esprit autant que par ses attraits physiques, elle y avait obtenu de grands succès.

De nouveaux deuils, et non des moins cruels, étaient venus la frapper pendant cette période agitée.

Le 24 juin 1744, son oncle, le marquis de Beauvau, colonel du régiment de la reine, s'était fait tuer bravement à la prise du chemin couvert de la ville d'Ypres, en Flandre.

L'année suivante, nouvelle douleur encore. Le 14 mai 1745, en même temps qu'elle apprenait la victoire de Fontenoy, on lui annonçait la mort de son frère Alexandre, âgé de vingt ans. Le jeune homme avait été tué glorieusement à la tête du régiment de Hainaut qu'il commandait.

C'est à peu près vers cette époque que Mme de Boufflers revint en Lorraine; elle y était rappelée par le soin de ses intérêts et aussi pour remplacer à la cour sa sœur, Mme de Montrevel, dont le caractère altier n'avait pu longtemps s'accommoder de l'humeur revêche de la vieille reine.

A la suite de difficultés avec Mme de Montrevel, Stanislas en effet avait jugé qu'elle ne pouvait plus conserver ses fonctions de dame du palais; mais, comme il était important de ne pas se brouiller avec une famille aussi puissante que celle des Craon, le roi chercha à lui obtenir une compensation par l'intermédiaire du cardinal de Fleury. Il écrivit à ce dernier:

«Lunéville, le 5 février 1742.

«Je ne sais si vous savez que, par des raisons indispensables, la reine mon épouse s'est séparée avec Mme de Montrevel, qui a été à son service, en observant néanmoins tout ce que la bienséance et la considération que nous avons pour la maison de Craon pouvait exiger dans un pareil cas.

«La reine même, étant disposée de donner personnellement à Mme de Montrevel les marques de son amitié, hormis celui de la reprendre à son service, voudrait lui procurer une douceur qui dépend de vous: c'est un logement au Louvre, moyennant lequel cette dame fixerait son séjour à Paris. Vous sentez par votre propre cœur généreux la satisfaction que vous donnerez à la reine si vous lui donnez occasion de faire connaître le sien à Mme de Montrevel, malgré le mécontentement qu'elle en a eu, en lui faisant sentir votre grâce accordée en sa faveur. Je me flatte que vous ne me la refuserez point, par le plaisir que vous avez d'obliger celui qui est de tout son cœur, de Votre Eminence, le très affectionné cousin.

«Stanislas, roi.»